Le 54e Congrès confédéral s’est achevé sur une impression mitigée : nettement moins tendu que le précédent, mais loin d’être tout à fait apaisé. Le rapport d’activité et le document d’orientation ont été largement adoptés, ainsi que l’annexion de la charte des VSS aux statuts. Les modifications statutaires n’ont cependant pas été adoptées, n’ayant pas recueilli les deux tiers des mandats disponibles.
Derrière l’image d’une organisation « rassemblée », les débats ont révélé des tensions persistantes, un fonctionnement démocratique perfectible et des choix stratégiques qui interrogent. Dans la salle, le sentiment était contrasté, entre soulagement de voir le congrès s’achever sans esclandre majeur, malaise face à une mécanique de vote et de débat pas toujours claire, et des débats de fond parfois escamotés.
Des présidences pas toujours à la hauteur
Le choix d’ouvrir le congrès avec la présidence du secrétaire général de la Fédération du commerce à la tribune a surpris. Et la prestation du premier président est restée au niveau des attentes, c’est-à -dire indigente. Plus largement, les présidences successives n’ont pas toutes su argumenter sur le fond, ainsi sur la question de la sécurité sociale professionnelle, où la tribune a semblé peiner à maîtriser réellement son sujet. Elle s’est trop souvent contentée d’une gestion formelle des débats plutôt que d’un réel travail d’animation politique. À quelques exceptions près, la tribune a assuré un service minimum, laissant filer des échanges parfois confus.
Plusieurs délégués ont aussi pointé des temps de parole appliqués de façon élastique selon les intervenants, et des passages répétés accordés à certains, quand d’autres attendaient longuement leur tour et ne sont parfois jamais passés.
Un “verrouillage” inutile
Le congrès a semblé très « contrôlé », même si rien ne justifiait a priori un tel niveau de contrôle. Contrairement au précédent, en l’absence de propositions de direction concurrentes, il n’y avait pas de risque particulier de dérapage, ce qui aurait dû favoriser les débats. Pourtant, les interventions sur les amendements ont fait l’objet d’un encadrement serré. Ce luxe de précautions a évidemment nourri plus de frustrations qu’il n’en a évité.
Avec un niveau record de primo-congressistes, le congrès confédéral comptait sur la « souplesse » de militant·es qui peinaient pourtant à comprendre des règles parfois absurdes. Certaines modalités de vote n’ont pas manqué de surprendre : il a été exigé que les voix de chaque syndicat soient « bloquées » (toutes les voix pour, ou contre, ou abstention), à l’encontre du principe « un·e syndiqué·e, une voix ».
Un débat difficile à structurer
Le document d’orientation soumis aux syndicats était dense, parfois indigeste, difficile à partager et à débattre collectivement avant le congrès lui-même. Ce problème n’est pas propre à cette édition : structurer un débat de fond dans une organisation qui compte un nombre aussi élevé de syndicats (entre quinze et vingt mille) reste un défi redoutable, démultiplié par le volume d’amendements déposés (près de six mille huit cents). Leur tri, nécessaire mais jamais réellement expliqué aux congressistes, a nourri un sentiment d’opacité. Les congressistes n’ont jamais su quels critères ont prévalu afin de soumettre au débat tel amendement plutôt que tel autre.
Dans une salle où les moyens vidéos étaient pourtant omniprésents, les textes des amendements n’étaient pas projetés, ce qui a nui à la clarté des échanges, comme sur des sujets aussi sensibles que le racisme ou l’islamophobie d’État. Il fallait suivre à l’oreille des discussions parfois techniques, sans support visuel pour s’y raccrocher. Les votes se sont donc portés sur les interventions plutôt que sur le contenu des amendements eux-mêmes. À cela se sont ajoutées des modalités de vote et d’intégration des textes que beaucoup de délégué·es ont eu le plus grand mal à comprendre. Une partie importante de la salle a fini par voter sans être totalement certaine de ce qu’elle approuvait ou rejetait.
VSS : une confrontation assumée et réussie
Le débat sur le cadre commun de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) a tranché avec le reste du congrès : pour une fois, la direction a choisi de se confronter au débat. Plusieurs organisations (Fédération des ports et docks, Fédération des services publics ou celle des Ccheminots) avaient en effet marqué leur hostilité à l’annexion de ce cadre commun aux statuts confédéraux. Les interventions sont toutefois restées déséquilibrées, en faveur des « pour », et c’est la magnifique conclusion de Maryse Dumas qui a marqué les esprits. Le texte a finalement recueilli 70 % des voix.
Des objectifs de communication
La forme des discours d’ouverture et de clôture est apparue très artificielle, avec des effets scéniques qui n’ont pas convaincu. Ce choix semble s’inscrire dans un cadre plus large où la communication est érigée en objectif principal. Sur la forme et le fond, les discours de Sophie Binet ont donc suscité des réserves parmi les congressistes. La place exagérée qu’elle a accordé à la « coordination des luttes », au point d’invisibiliser le rôle de notre Union départementale, de nos UL et de nos syndicats dans la lutte des coiffeuses du boulevard de Strasbourg, ou cette insistance à attribuer à la CGT le mérite de « victoires » dans lesquelles son influence a été modeste ont semblé contredire sa volonté proclamée de « regarder les réalités en face ». Et si certaines orientations stratégiques ont été formellement tranchées, il est à craindre que le peu de débat qui leur a été consacré rende difficile leur appropriation dans les organisations.
Des débats escamotés
Le débat sur la structuration de la CGT devait constituer un moment essentiel du congrès. La création de syndicats professionnels en territoires a été adoptée dans le document d’orientation, mais elle n’a été traitée que dans le cadre du débat général. Cette question est pourtant essentielle : de nombreuses structures, dont des fédérations, continuent de prôner une structuration calée sur le périmètre de l’entreprise, alors même que le cadre de la production de la valeur a éclaté et que le nombre de syndiqué·es isolé·es n’a jamais été aussi élevé. Dans le monde du travail où des salariés liés à plusieurs entreprises et plusieurs conventions collectives différentes concourent au même processus de production, la question d’une structuration pouvant inclure tous les travailleurs et toutes les travailleuses impliqué·es est devenu une question fondamentale pour l’avenir d’un syndicalisme de lutte.
L’impasse stratégique dans laquelle se trouve l’organisation face à des décennies de défaites et de reculs n’a pas trouvé une place suffisante dans nos échanges, qui sont restés circonscrits entre le débat sempiternel contre les « journées saute-mouton » et les propositions de journées ou de semaines d’action sorties de nulle part. Nous sommes une organisation de lutte, qui veut atteindre ses objectifs par le rapport de force, qui subit les défaites depuis deux décennies et qui doit se concentrer sur la reconstruction de sa force. Quant au projet de « maison commune » également adopté, l’un des éléments phares de la précédente mandature et présenté comme un axe stratégique majeur, il a pourtant été absent des débats.
Frustrations
N’ouvrant pas de vraies perspectives stratégiques, ce congrès n’a pas pu insuffler un nouvel élan. De nombreu·ses congressistes en sont revenus frustré·es et l’ont exprimé dans les semaines qui ont suivi. Ce congrès a également montré la persistance d’une certaine mainmise des fédérations sur l’organisation confédérale, à un moment stratégique où le rôle de l’interprofessionnel pour contrer l’éclatement des collectifs de travail et des chaînes de production de valeur est primordial. Si c’était d’abord un congrès de consolidation, et que l’objectif premier n’était pas d’envoyer l’impulsion stratégique nécessaire mais de donner l’image d’une CGT rassemblée, vu depuis la tribune de presse, le pari est sans doute réussi.
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L’UD de Paris au Congrès confédéral
• L’UD aurait dû envoyer 62 délégué·es au Congrès. 8 délégué·es du commerce ont été empêché·es par une décision inique de la commission des mandats, qui s’est alignée sur la position de la Fédération du commerce.
• Notre délégation a multiplié les interventions, toutes très bien reçues par la salle. La délégation parisienne s’est particulièrement distinguée par ses interventions pour l’annexion de la charte contre les VSS aux statuts confédéraux.
• La délégation parisienne a pu se réunir autour d’un pot convivial, qui fut l’occasion de faire plus ample connaissance entre toutes et tous les délégué·es – et de mesurer le degré de résistance à l’alcool, jugé globalement faible.
• L’UD avait présenté deux candidatures à la CE confédérale et une candidature au comité de gestion de CoGeTise. Adèle Tellez et Nicolas Bouchouicha ont été largement élu·es par le congrès à la CEC. La candidature de Sandra Buaillon au comité de gestion de CoGeTise n’a pas été soumise au vote du congrès : elle n’a pas été retenue car « elle ne correspondait pas aux critères (qui étaient des critères de mixité et de connaissance de l’orga et des outils !). C’est la quatrième fois de suite que la candidature de l’UD de Paris au comité de gestion de CoGeTise n’est pas retenue.
• Lors des deux réunions du CCN qui se sont déroulées pendant le congrès, Karl Ghazi, qui représentait l’UD, a voté pour la liste proposée pour la CE et la CFC confédérales, s’est abstenu sur le comité de gestion CoGeTise, a voté pour la candidature de Sophie Binet comme secrétaire générale, pour celle de Laurent Brun comme administrateur et pour la liste du Bureau confédéral proposée par Sophie Binet.