Comme une grande partie de la France, Paris a connu plusieurs vagues caniculaires au cours de cet été 2026 (au moins trois à l’heure où nous écrivons ces lignes). La chaleur a souvent atteint 40 degrés, alors que notre ville est mal adaptée à ces températures. Les deux millions d’habitant·es de la capitale comme celles et ceux qui y travaillent (un million huit cent mille personnes) l’on ressenti dans leur chair. Zoom.

L’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) est formelle : travailler devient dangereux dès 28 °C pour les travaux physiques, et 30 °C pour les travaux sédentaires. En cause, tout d’abord, la déshydratation, qui peut causer malaises, pertes de connaissance, chutes. Mais les effets à long terme sont importants également : par exemple, suite à des expositions répétées au travail sous forte chaleur, des insuffisances rénales peuvent se développer.

Paris concentre la chaleur

Avec ses rues de béton, ses toits en zinc et son manque d’espaces verts, Paris concentre la chaleur. Le préfet de police a d’ailleurs publié un arrêté interdisant le travail sur les chantiers entre 13 heures et 20 heures chaque jour où la vigilance rouge canicule est activée. Cette mesure, insuffisante, va néanmoins probablement sauver des vies – quand elle est appliquée. La CGT Paris a lancé un appel mi-juin pour recenser les chantiers sur lesquels le travail se poursuit dans ces conditions. Plusieurs camarades nous ont transmis des adresses de chantiers, que nous avons fait remonter à l’Inspection du travail. Les inspectrices et inspecteurs du travail peuvent en effet faire arrêter l’activité des chantiers dans ces conditions. Mais leur sous-effectif chronique rend la tâche compliquée.

Exercer un droit d’alerte

D’autres secteurs d’activité sont aussi particulièrement exposés. On pense bien entendu aux cuisines des restaurants et aux boulangeries, mais aussi aux buanderies. Dans ces dernières, l’humidité s’ajoute à la chaleur pour créer des environnements étouffants, empêchant la transpiration de réguler la température des corps.

Le rôle des élu·es du personnel est fondamental. Ils et elles peuvent pousser les employeurs à prendre des mesures préventives, exercer un droit d’alerte, construire des rapports de force dans les entreprises et les administrations. La boulangerie « Terroirs d’avenir » a dû fermer ses portes pendant quelques jours d’une vague caniculaire grâce à l’action de sa section CGT récemment implantée.

Nous pensons en effet qu’il y a des températures à partir desquelles il n’est plus possible de travailler. C’est pourquoi nous revendiquons l’inscription d’une température maximale de travail dans le code du travail. Le patronat repousse cette mesure, qui est pourtant la seule à même de garantir notre santé au travail.

Une mise en évidence supplémentaire des inégalités sociales

Et rappelons l’origine de ces vagues de canicule. Le dérèglement climatique est dû aux activités humaines, en particulier à l’utilisation de combustibles fossiles ou encore – et entre autres – à la déforestation. Ces activités permettent d’enrichir considérablement des firmes multinationales et leurs actionnaires. Pendant que les salarié·es voient leurs conditions de travail se dégrader et les risques pour leur santé augmenter, les premiers responsables profitent des royalties dégagées.

Ces vagues de chaleur ne mettent pas seulement en évidence le dérèglement climatique mais aussi les inégalités pour y faire face. Quand on habite dans une chambre sous les toits ou dans un grand appartement climatisé à proximité du bois de Boulogne, quand on travaille en cuisine ou sur un chantier ou que l’on attende que les dividendes tombent, on vit des conditions radicalement différentes. La CGT Paris n’est pas seulement là pour dénoncer ces inégalités, son but est avant tout d’organiser les travailleuses et les travailleurs afin que les responsables de la crise climatique paient pour que nous puissions vivre et travailler dans le respect de la dignité de chacune et de chacun.