Suite au meurtre de Lyhanna, 11 ans, des manifestations ont eu lieu au début de l’été devant les tribunaux partout en France, et à Paris devant le ministère de la Justice. Ces manifestations citoyennes se sont déroulées dans le but de dénoncer les défaillances de l’État en matière de violences sexistes et sexuelles (VSS).

La CGT a participé à ces manifestations via la Coalition pour une loi intégrale contre les violences sexuelles, à laquelle elle contribue tout comme cent cinquante associations féministes et enfantistes. Par leur ampleur, les chiffres sont en effet insupportables : 160 000 enfants sont victimes chaque année d’inceste ou de violences sexuelles ; 94 000 femmes sont victimes de tentatives de viol ou de viol, soit toutes les 2 min 30 ; 5 % des viols et 25 % des agressions sexuelles ont lieu au travail ; une femme est tuée tous les deux jours par son conjoint ou ex-conjoint ; 96 % des agresseurs sont des hommes.

Propositions pour une loi intégrale

Le projet de loi intégrale porté par la Coalition revêt un champ pluridisciplinaire, la CGT intervenant quant à elle sur ce qui relève du travail. À titre d’exemple, voici quelques-unes des propositions portées par la Coalition pour une loi intégrale contre les violences sexuelles : des mesures contre la pédocriminalité en ligne, un socle minimal d’actes d’enquête obligatoires dans un délai limité, le renforcement des moyens de détection et des mesures prises en réponse aux signalements, le suivi et l’accompagnement des victimes dès le signalement afin qu’elles soient informées et soutenues, la création d’une justice spécialisée dotée de moyens permettant une réelle priorisation des violences sexistes et sexuelles et une réactivité plus forte, la mise en place d’une politique globale contre la culture du viol, l’impunité et la victimisation secondaire, des mesures allant de la prévention jusqu’à la reconstruction.

(Tenter de) guérir coûte beaucoup plus cher que prévenir

L’inscription de la « loi intégrale visant à lutter contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants » a été signée par plus cent cinquante député·es et l’examen par l’Assemblée nationale débutera le 28 septembre. Selon la Coalition, le projet de loi de finances examiné devrait prévoir 2,6 milliards d’euros nécessaires à l’éradication de toutes les violences faites aux femmes et aux enfants. À titre comparatif, le coût pour l’État des seules violences faites aux enfants est de 10 milliards par an. Malheureusement, le gouvernement ne saura probablement pas être à la hauteur de cet enjeu, préférant jouer sur des effets de manche et de la communication plutôt que de miser sur une véritable politique de prévention alliant éducation, formation et moyens véritables donnés à la justice pour agir.

La priorité est bien que plus personne ne soit violée, et ce grâce à une politique de prévention massive. Et quand le viol survient, il faut que la victime puisse avoir accès à la justice et qu’elle puisse se reconstruire. La perpétuité pour les auteurs de violences sexuelles ne fait et n’a jamais fait partie des mesures demandées par la Coalition pour une loi intégrale. Au-delà du fait que cela aurait peu d’effet sur les agresseurs, les victimes elles-mêmes ne le souhaitent pas et signalent même que cela pourrait empêcher des victimes de porter plainte contre des agresseurs qui, bien souvent, sont des proches.

La CGT face aux VSS

On peut se féliciter que la CGT, lors de son 54e Congrès, ait voté l’annexion du cadre commun contre les VSS à ses statuts. Pour autant, avec un vote à 70 %, on peut aussi s’étonner de voir certain·es ne pas adhérer pleinement à cette orientation d’égalité et de transformation sociale. Car la CGT lutte contre toutes les discriminations et violences, y compris dans ses rangs, puisque nous ne sommes malheureusement pas totalement hermétiques aux maux de notre société. Les femmes doivent pouvoir prendre toute leur place au sein de la CGT en toute sécurité.

La mobilisation pour la loi intégrale pourrait reprendre dans les prochaines semaines au moment du débat parlementaire. Un rendez-vous auquel répondra la CGT. Il y a aussi un rendez-vous proche que les militantes et les militants CGT ne sauraient manquer : celui du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes.

Aujourd’hui, le risque d’attentat le plus fort vient du masculinisme (mouvement de pensée réactionnaire combattant l’égalité entre les femmes et les hommes). L’union départementale CGT Paris et son collectif Femmes-Mixité – qui organise régulièrement des formations « Combattre les violences sexistes et sexuelles au travail » et accompagne des victimes de VSS – seront dans la lutte contre le fléau qu’est le patriarcat.