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Depuis plus d’un an, ça manœuvre en coulisses pour le possible rachat du groupe Altice par les trois groupes Orange, Bouygues et Iliad (Free). Fin octobre 2025, une offre conjointe de rachat a été faite, valorisant la majeure partie des actifs à 17 milliards d’euros. Dans ce montage, Bouygues viserait 43 % du capital, Free 30 % et Orange 27 %.

Le secteur des télécommunications traverse une phase critique. Alors que les rumeurs de fusion ou de concentration entre opérateurs se multiplient, aucune concertation publique n’est engagée pour déterminer ce qui serait le plus efficient pour l’emploi et sa valorisation pour la nation. Alors que les télécoms sont classées d’« importance vitale » par la loi de programmation militaire, le « laisser-faire, laisser aller » des gouvernants est pour le moins surprenant. Peut-on accepter que l’avenir du secteur réside dans le résultat de négociations entre le propriétaire de SFR, ses créanciers et des fonds de pension ? Peut-on accepter que trois de nos dépècent le quatrième avec à la clé des augmentations de tarifs pour les usagers ? Peut-on accepter la guerre commerciale permanente, sa sous-traitance massive, son dumping social et sa qualité de service déplorable ?

Dans le dos des travailleur·ses

Malgré des discours patronaux alarmistes sur une « baisse de croissance », les opérateurs génèrent ensemble plus de 15 milliards d’euros de marge chaque année Le groupe Altice (BFM, RMC, SFR…) a cumulé une dette de 60 milliards d’euros, dont 24 pour SFR. En janvier 2025, suite à de nombreuses « négociations » entre les prêteurs, essentiellement des fonds de pension américains (Black Rock, Pimco, Fidelity…), et le patron du groupe, un accord a été trouvé afin de réduire la dette de 24 milliards. Ce qui ne sera pas sans conséquences sur l’avenir de SFR a plus ou moins long terme avec, forcément, un impact sur les salarié·es. L’offre évaluée à 17 milliards d’euros pour une vente à la découpe exclut les activités outre-mer et plusieurs filiales (Intelcia, XP Fibre, etc.). Les trois opérateurs se répartiraient les activités grand public (B2C), entreprise (B2B) et infrastructures. Bouygues récupérerait notamment le réseau mobile de SFR dans les zones peu denses, tandis qu’une société commune assurerait la transition progressive des clients.

8 000 emplois menacés

La CGT FAPT dénonce cette offensive patronale coordonnée, en anticipation d’une concentration du secteur qui fait fi de l’intérêt général et des droits des travailleur·ses. Derrière les discours sur la « synergie » et l’« efficacité », c’est le spectre des suppressions d’emplois qui plane. Aucune communication n’est remise en interne aux salarié·es de SFR. Au contraire, il leur a été demandé de réaliser de nouvelles offres commerciales. Le patronat n’a que faire de leur avenir. Les directions chercheront à fusionner, rationaliser, externaliser, et désormais remplacer des métiers par l’intelligence artificielle. Depuis l’ouverture à la concurrence, la stratégie patronale reste la même : réduire les coûts, faire plus avec moins. Si cette « consolidation » aboutissait, tou·tes les salarié·es du secteur — opérateur·ices, sous-traitant·es, prestataires — seraient concerné·es par la disparition possible de huit mille emplois, au bas mot.

Les propositions alternatives de la CGT

Pour la CGT, rien n’est inéluctable. Il est impératif de mobiliser l’ensemble des télécoms. La CGT FAPT a interpellé l’État lors d’une rencontre à Bercy en portant les exigences du maintien des emplois et des propositions alternatives sur les télécoms : mise en place d’une négociation sous le contrôle de l’État et du Parlement ; sortir les télécoms de l’emprise des marchés financiers ; créer un véritable pôle public des télécommunications garantissant un service de qualité, accessible à tous, sur tout le territoire, et placé sous le contrôle des organisations syndicales, des usagers et de l’État ; investir dans l’emploi, les salaires et la formation plutôt que dans la spéculation.

Précurseur en matière de privatisation et d’ouverture à la concurrence, le marché des télécoms en France permet de tirer quelques précieux enseignements. Comme toujours lorsque l’on privatise une entreprise publique, on compte systématiquement trois victimes collatérales : les usager·es, qui paient une fortune pour des besoins devenus essentiels (téléphone, internet), les salarié·es avec l’augmentation de la précarité et une sous-traitance massive, enfin la souveraineté nationale avec la perte de contrôle de l’État sur les intérêts stratégiques de la nation. Ainsi, les arguments des libéraux et des capitalistes sur les nombreux avantages qu’entraîneraient les privatisations (baisse des tarifs en introduisant la concurrence, meilleure efficacité) sont des vitrines trompe-l’œil. Seuls gagnants de ce dépeçage en règle : les actionnaires.