Au nom d’une prétendue « modernisation », les réformes de la médecine du travail se succèdent. Le décret de juin 2026 a franchi une nouvelle étape : dans certaines situations, la visite médicale de reprise peut désormais ne pas avoir lieu. Derrière ces évolutions, c’est un grignotage progressif des protections liées à la santé au travail qui s’opère.
Depuis le 15 juin dernier, le décret n° 2026-503, daté du 12, permet sous certaines conditions de ne pas organiser de visite de reprise suite à un arrêt de travail. Cette visite intervient au moment du retour, et permet de réévaluer la situation du salarié, de proposer des mesures adaptées ou, si nécessaire, de constater une inaptitude. Deux conditions doivent être réunies pour ne pas la programmer : une visite de préreprise doit avoir eu lieu dans les trente jours précédant la reprise, et le médecin du travail doit avoir conclu qu’aucun aménagement du poste ou du temps de travail n’était nécessaire. La visite de reprise reste possible à la demande du médecin du travail, de l’employeur ou du salarié.
Préreprise versus reprise
La visite de préreprise intervient pendant l’arrêt de travail et prépare le retour, notamment en étudiant d’éventuels aménagements. La visite de reprise intervient au moment du retour dans l’entreprise. Une préreprise ne permet donc pas de prononcer une inaptitude. Autre nouveauté : le service de prévention et de santé au travail informe désormais l’employeur de l’organisation d’une préreprise, sauf opposition du salarié.
Dix ans de “modernisation”
- 2016-2017 : pour la majorité des salarié·es, la visite médicale d’embauche est remplacée par une visite d’information et de prévention (VIP) réalisée par un professionnel de santé de l’équipe pluridisciplinaire.
- 2023 : création du médecin praticien correspondant.
- 2025 : pour certaines catégories, le suivi individuel renforcé est remplacé par une attestation de non-contre-indication pouvant être valable jusqu’à cinq ans.
- 2026 : nouvelle étape avec la possibilité de ne pas organiser certaines visites de reprise.
Pris ensemble, ces changements montrent une autre réalité : le suivi médical des salarié·es s’espace, se délègue et peut, dans certaines situations, disparaître.
La santé des salarié·es au cœur des reculs
La médecine du travail illustre une méthode : détricoter progressivement les protections, réforme après réforme. Pourtant, la santé des salarié·es ne devrait jamais être une variable d’ajustement. La médecine du travail a besoin de médecins, de personnels, de temps et de moyens. Cette question est d’autant plus préoccupante que l’accès aux soins demeure très inégal en France. Le médecin du travail est aussi un acteur essentiel de santé publique, notamment pour les salarié·es qui ont peu accès aux autres professionnels de santé.
La pénurie est documentée. Selon le ministère du Travail, le nombre de médecins du travail est passé de 5 108 en 2012 à 4 265 en 2023, soit une baisse de 15 %. Les projections de la DREES prévoient un creux à 3 565 médecins en 20301 Dans le même temps, selon la DARES, en 2019, seuls 39 % des salarié·es du privé déclaraient avoir vu un médecin du travail ou un infirmier au cours des douze derniers mois, contre 70 % en 2005. Sur deux ans, la proportion est passée de 87 % à 72 %2. Ces chiffres montrent une même tendance : moins de médecins et un suivi moins fréquent. Réduire encore la place de la médecine du travail revient à fragiliser un maillon de notre système de santé.
2027 : imposer une autre dynamique
En 2027, il faut imposer une autre dynamique : celle de la reconquête des droits sociaux, du renforcement des services publics et de la protection de la santé des salarié·es. Il faut redonner à la médecine du travail les moyens d’exercer pleinement ses missions, renforcer la prévention et garantir à chaque salarié·e un véritable suivi médical pendant sa vie professionnelle. La santé au travail est un droit, pas une variable d’ajustement.
Le DLAJ de l’UD CGT Paris appelle les syndicats, les militant·es et les élu·es du personnel à relayer ces informations afin que les salarié·es connaissent leurs droits et puissent les faire respecter. Face au détricotage de la médecine du travail, il est temps de reconquérir nos droits et de remettre la santé des salarié·es au cœur des priorités.
1. Ministère du Travail, réponse publiée au Sénat le 26 février 2026 : évolution du nombre de médecins du travail et projections DREES. https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ251106591.html.
2. DARES, Dares Analyses n° 72, 7 décembre 2021 : évolution de la fréquence du suivi des salariés par les services de santé au travail. https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/quelle-est-levolution-de-la-frequence-du-suivi-des-salaries-par-les-services-de-sante.