Le secrétaire général de l’union des syndicats CGT de Paris était auditionné, le 1er décembre 2020, sur la question de « L’emploi à Paris à l’épreuve de la crise sanitaire », par la commission présidée par Mme Carrère-Gee (Les Républicains).
Ci-dessous, son intervention.

« Bonjour Mesdames et Messieurs.

Merci pour cette invitation.

L’emploi à Paris, c’est essentiellement le secteur tertiaire. 

Ce qui n’empêche pas la CGT-Paris d’être solidaire des salarié•es de Général Electric qui montent à Paris aujourd’hui afin de manifester devant Bercy, puis devant l’Assemblée nationale, pour revendiquer le développement de la filière énergétique, et non pas son affaiblissement. 

Nous le disons sans interruption depuis le mois de mars : pas de travail sans protection des travailleurs. Nous n’opposons pas l’emploi et la lutte contre la Covid : nous articulons l’un avec l’autre. 

De même, nous n’opposons pas l’emploi et le salaire (et au-delà, les pensions et allocations). Plus de salaire, c’est plus de consommation, plus de cotisations sociales, plus de revenus pour l’État et les collectivités territoriales. La consommation et la dépense publique génèrent du travail, tandis que les aides publiques aux entreprises sans garantie de créations d’emplois sont contre-productives.

Alors que la CGT combat la totalité de la loi « sécurité globale », nous sommes pour une sécurité globale de l’emploi, une sorte de sécurité emploi-formation que nous nommons « sécurité sociale professionnelle ». 

À propos de formation, la bascule des droits au droit individuel à la formation (DIF) dans le compte personnel de formation (CPF) est reportée au 30 juin 2021. Il faut profiter de ce délai pour fournir un gros effort d’information en direction des salarié•es afin que celles-ci et ceux-ci ne perdent pas leur droit désormais monétisé. La CGT prendra sa part dans cette information des salarié•es, mais ne saurait le faire seule.

Concernant le télétravail, nous continuons à souhaiter un véritable accord national interprofessionnel (ANI) créateur de droits nouveaux pour les salarié•es. Le délai de réflexion avant signature, jusqu’au 13 décembre, de l’actuel projet de texte, inconsistant, devrait être consacré à la relance d’une vraie négociation ambitieuse.

La bataille de l’emploi comporte deux fronts : la défense de l’emploi existant et la création de nouveaux emplois. 

Les secteurs du commerce, des hôtels-cafés-restaurants, des services, du tourisme, de la presse, de la culture et du spectacle sont particulièrement touchés par les destructions d’emplois à Paris. 

Ils sont soumis aux différents dispositifs créés pour la plupart bien avant la crise du coronavirus : 

  • accords de performance collectifs (APC) ;
  • gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC) ;
  • plan de départs volontaires (PDV) ;
  • plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) ;
  • ruptures conventionnelles collectives (RCC).

Les salarié•es concerné•es n’ont pas besoin de fables autour de l’idée de destruction créatrice. Elles et ils ont besoin de travailler pour vivre.

D’ailleurs, elles et ils constatent qu’en novembre 2020, le CAC 40 a gagné 1 000 points, pour atteindre 5 577 points le 30 novembre. C’est un record absolu de hausse de cet indice parisien. Et cela, ce n’est pas une fable. 

Des créations d’emplois sont possibles et urgentes.

Vous savez que la CGT a choisi de combiner les enjeux sociaux et environnementaux.

Dans notre belle ville de Paris, les habitant•es et les travailleur•ses savent que leur cité est aussi un territoire largement minéralisé, et contenant de nombreuses passoires thermiques. Un habitat mieux isolé et une ville plus végétalisée représentent, pour y parvenir, des gisements d’emplois non délocalisables. 

Absente du Ségur de la santé, la création nette d’emplois dans la santé, pour ce qui est de Paris, tant à l’AP-HP que dans les Ehpad, devrait être une priorité pour répondre aux besoins de santé actuels et futurs. 

Et puis, investir dans le médico-social, dans le travail social, miser sur la prévention en recréant une médecine scolaire et une médecine du travail, toutes deux dignes de ce nom, voilà ce qui devrait être à l’ordre du jour, alors que le très controversé PLFSS a été définitivement adopté hier par le Parlement. Les salarié•es du secteur social et médicosocial seront en grève après-demain.

La situation des jeunes est souvent évoquée, avec raison.

À Paris, nous avons la chance d’avoir un formidable outil au service de l’information des jeunes : le CIDJ. Or, l’État et la région Île-de-France ne sont pas en mesure de garantir l’avenir de cette association qui devrait déménager, début 2021, sans avoir pour l’instant de point de chute. Les pouvoirs publics doivent garantir l’avenir du CIDJ.

Pour la CGT, il faut conditionner les aides publiques à la création d’emplois et rémunérer le chômage partiel à 100 %.

Les aides aux entreprises doivent être versées uniquement si l’emploi est préservé. Les entreprises qui ont touché des aides et qui licencient doivent rembourser.

L’autorisation administrative pour licenciement économique doit être rétablie.

Dans la période, les négociations des accords de compétitivité doivent être suspendues.

La priorité pour réembaucher un•e salarié•e licencié•e économiquement doit perdurer bien au-delà d’un an.

Le projet de réforme de l’assurance chômage doit être abandonné.

La commande publique doit être davantage actionnée pour aider le secteur de la culture et du spectacle, tellement caractéristique de la vie parisienne. 

L’union départementale CGT de Paris propose la tenue d’une table-ronde sur l’emploi à Paris, sous l’égide de la DIRECCTE, tripartite, associant organisations syndicales, organisations patronales et pouvoirs publics.

Merci de votre attention. »