Les élections municipales qui viennent de se terminer permettent d’avoir un état des lieux de la situation politique. Même si l’analyse devra être affinée, plusieurs tendances se dégagent. Décryptage.
Les résultats des élections municipales montrent que la fragmentation du paysage politique qu’on retrouve au niveau national se confirme au niveau local. L’extrême droite, avec le RN en premier lieu, confirme son ancrage durable, ce qui est extrêmement inquiétant à un an des échéances présidentielle et législatives. Le RN gagne ainsi de nombreuses villes et multiplie également le nombre de ses conseillers municipaux, ce qui peut lui permettre d’avoir un groupe au Sénat lors des prochaines élections sénatoriales. C’est un pas de plus dans la banalisation de ce parti.
Recomposition politique autour de l’extrême droite
Autre signe inquiétant, l’analyse des résultats montre que l’« union des droites » au profit de l’extrême droite s’est déjà largement faite dans les urnes entre électeurs proches des divers partis de droite et du centre, de LR à Renaissance en passant par Horizons. Cette recomposition politique autour de l’extrême droite est toujours un préalable à son accession au pouvoir. Les exemples, y compris récents, ne manquent pas. Que ce soit pour l’Amérique de Trump ou l’Italie de Meloni, le schéma est toujours le même : l’extrême droite impose son discours, ses idées, et contamine le champ politique jusqu’à ce qu’une grande partie de celui-ci s’aligne et la rejoigne. C’est ce que nous sommes en train de vivre, et ces élections municipales en sont l’une des illustrations.
De son côté, la gauche, elle, est profondément divisée et navigue entre opposition frontale et alliances de circonstance selon les sensibilités dominantes des militants locaux. Malgré cette situation, elle est loin de l’effondrement prédit par les divers sondages, et en ce qui concerne l’une de ses composantes, LFI, celle-ci gagne un certain nombre de villes et s’implante dans un grand nombre de conseils municipaux.
L’État français est structurellement raciste
Cette dynamique reste cependant à relativiser puisque ce mouvement n’avait jusque-là jamais accordé une grande attention à ce scrutin et que, d’autre part, son résultat national se rapproche de celui des dernières européennes. Il faut cependant souligner que ce mouvement a fait élire des maires issus des quartiers populaires et de l’immigration des anciennes colonies françaises, ce qui a déclenché une tempête médiatique raciste de grande ampleur. Comparaison avec des singes, renvoi à la figure de l’homme primitif, manipulation des mots, tout y est passé, dans le silence assourdissant de la plus grande partie du champ politique et bien entendu du gouvernement.
Cette séquence nous rappelle à quel point l’État français est structurellement raciste et repose sur une vision coloniale de ses habitants issus de ses anciennes colonies, que ce soit dans le rapport à l’emploi, au logement ou aux services publics, et évidemment à la représentation politique. Ceux-ci peuvent être tolérés tant qu’ils restent « à leur place » c’est-à-dire en situation de « dominés », mais dès qu’ils en sortent, le couperet tombe. Ce « fond de l’air » raciste et colonialiste qui imprègne toujours notre pays rend plus compréhensible la réussite de l’extrême droite dans sa politisation du racisme. En l’absence d’alternative politique et sociale, le racisme et sa logique ségrégationniste devient le projet politique et économique de ceux qui craignent le déclassement, la perte de situation ou, en ce qui concerne la grande bourgeoisie, le simple partage des richesses. Il y a vraiment urgence à engager la bataille idéologique et culturelle sur ce sujet.
Même employeur et mêmes revendications
Enfin, un mot sur les élections municipales à Paris. Il faut le dire, la lourde défaite de Dati est un soulagement, tant celle-ci incarnait tout ce contre quoi nous luttons et avait mené de plus une campagne particulièrement détestable. Elle n’a d’ailleurs pas refusé le soutien au second tour de l’extrême droite incarnée par Knafo. Cette extrême droite qui, à Paris, a fait ses plus gros scores dans les quartiers les plus huppés, ce qui démontre que cette grande bourgeoisie reste fidèle au slogan « Plutôt Hitler que le Front populaire », quand bien même il s’agirait aujourd’hui d’une bien pâle version de celui de 1936.
Nous n’accordons aucun chèque en blanc à Emmanuel Grégoire, qui est l’héritier de la majorité sortante et de sa politique. Nous savons pertinemment qu’une bonne partie de cette majorité n’a pas une affection débordante pour les organisations syndicales et pour la CGT en particulier, l’épisode sur la tentative de fermer une annexe de la Bourse du travail en fut d’ailleurs la démonstration. Nous serons donc mobilisés pour faire aboutir nos revendications sur les services publics, l’école, les transports, l’accès à la santé pour toutes et tous et sur tant d’autres sujets. Et, bien entendu, nous serons mobilisés aux côtés du personnel municipal pour défendre toutes ses revendications face à son employeur.