Une centaine de paysan·nes de la Confédération paysanne et de militant·es des Soulèvements de la terre appuyé·es par des militant·es de la CGT Paris, de Cancer Colère et du collectif « Agro en lutte » d’étudiants d’Agro Paris Tech ont envahi le périphérique parisien le 10 janvier dernier. Les tracteurs se sont engagés sur la bretelle de la porte de Montreuil pour mener une opération escargot et protester contre le Mercosur et l’agrobusiness, synonymes de misère pour les paysans et d’empoisonnement pour les citoyens.
Alors qu’un·e paysan·ne sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté, la situation des travailleuses et des travailleurs de la terre ne cesse de se dégrader en raison d’un solde de plus en plus déséquilibré entre des coûts de production à la hausse et des prix d’achat à la baissedes produits agricoles sortis des fermes. Qui plus est, l’accélération de la précarité provoquée par la baisse des salaires entraîne des contraintes : un tiers des Français·es disent ne pas pouvoir prendre trois repas par jour contre la moitié en 2016, voire disent avoir conscience de mal se nourrir.
Comment peut-on tolérer une situation d’une telle violence ? Les profits de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution ont explosé, avec un taux de marge en progression de vingt-huit points, passant de 20 % à 48 % entre 2021 et 2023, quand l’inflation sur les produits alimentaires est de 20 % sur la même période. Cet agrobusiness est prédateur du revenu des paysans sur le dos des consommateur·ices et des salarié·es de ces entreprises. À titre d’exemple, les dividendes du PDG du premier groupe laitier mondial, Lactalis, sixième fortune française, ont augmenté de 25 % entre 2022 et 2023.
La FNSEA et la Coordination rurale représentants zélés de l’agrobusiness
Depuis des années, les gouvernements répondent aux demandes de l’agrobusiness et à l’exécutif de la FNSEA. Une catastrophe pour l’environnement, la biodiversité et pour les paysan·nes elles et eux-mêmes, les salarié·es et saisonnier·es, qui sont les plus exposé·es aux maladies (cancer, Parkinson…) directement liées aux pesticides. Cela n’améliore pas non plus la qualité et la disponibilité de l’eau potable en raison des pollutions, alors que cette crise majeure s’impose à nous.
Partout les scandales éclatent, et la FNSEA est désormais largement discréditée. Les citoyen·nes ne sont pas dupes non plus de la collusion d’intérêts particuliers contre l’intérêt général qui est en cours dans ce secteur si stratégique et structurant qu’est l’alimentation. Quant à la coordination rurale, elle est un relais des pires réactionnaires du monde paysan et de l’extrême droite. En approuvant la loi Duplomb, elle tombe le masque en affichant, à l’image de la FNSEA, son soutien à une agriculture productiviste qui malmène la nature, les animaux et les hommes. Pire, ces deux organisations se lâchent en toute impunité, saccageant et menaçant les agents des services publics, les bâtiments publics et les associations de défense de la nature, à l’instar de l’attaque dont a été victime la Ligue de protection des oiseaux à Rochefort.
Cinquante-deux gardes à vue pour la Confédération paysanne, tapis rouge pour la FNSEA
Alors que la FNSEA a été autorisée par la préfecture à se rendre devant l’Assemblée nationale avec ses tracteurs, que tous les ans des dégradations sont commises en toute impunité par cette organisation et la Coordination rurale, le ministère de l’intérieur laisse faire en toute impunité. Quand quelques dizaines de militants déploient une banderole dans un ministère, c’est interpellation et garde à vue immédiate. Deux poids, deux mesures. À l’instar des militants syndicaux ouvriers, la répression est féroce pour celles et ceux qui remettent en cause les profits du capital dans le domaine agricole. Pour faire face, citoyen·nes et syndicats ouvriers et agricoles progressistes doivent s’unir et proposer des actions communes.
La CGT soutient la Confédération paysanne et le Modef
L’ennemi de la paysannerie n’est pas l’Agence bio, l’INRAE, l’ANSES ou les écologistes mais la politique agricole commune, qui a détruit les prix de base garantis, les banques, qui maintiennent les agriculteur·rices toute leur vie dans l’endettement, l’agro-industrie, qui pille, mais aussi la FNSEA, qui berne les paysan·nes depuis des décennies, allant jusqu’à dévoyer leurs colères. Dans le monde paysan, il existe également des syndicats progressistes qui défendent réellement les paysan·nes et pas les propriétaires fonciers et l’agrobusiness. Nous invitons vivement nos lecteur·rices à prendre connaissance des publications de la Confédération paysanne et du Modef. Nous invitons également les Parisien·nes à participer à la vente de fruits et légumes à prix coûtant organisée chaque année par le Modef à la fin du mois d’août.
Pour une maîtrise publique de notre production
Le système agroalimentaire mondialisé est l’une des causes principales de la pollution de l’eau et des sols et il est dévastateur sur le plan social.Le libéralisme économique organise la production alimentaire internationale comme une compétition qui n’a pas lieu d’être alors qu’un tiers de la nourriture produite est gaspillée. Nous devons au contraire assurer une alimentation saine et choisie à l’ensemble de la population, tandis que l’accélération de la précarité provoquée par la baisse des salaires entraîne un tiers des Français·es à sauter un repas par jour. Nous ne pourrons affronter ce défi sans la garantie d’un revenu digne pour les paysan·nes et les travailleuses et travailleurs agricoles, et celles et ceux de la transformation et de la distribution. Cela passe inévitablement par la revalorisation des salaires,pour garantir aux consommateur·ices une alimentation saine. N’oublions pas que l’on parle du besoin le plus élémentaire de l’humanité – se nourrir – et il en va de notre souveraineté alimentaire.
Sécuriser notre approvisionnement alimentaire et assurer notre indépendance nationale exigent la maîtrise publique de notre production. L’alimentation, élément vital, doit être déclarée bien public et, à ce titre, les groupes alimentaires doivent être nationalisés démocratiquement et les revendications des salarié·es satisfaites. Cette maîtrise publique donnerait à notre pays la capacité d’orientations stratégiques de la filière agricole et alimentaire pour répondre aux besoins alimentaires de la population en quantité et qualité et construire des coopérations internationales mutuellement avantageuses.
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Des mesures à mettre en place d’urgence
- Favoriser l’accès de toutes et tous à une alimentation choisie, saine, locale et respectueuse de l’environnement par l’augmentation des salaires, des pensions et des minima sociaux.
- Augmenter les salaires des travailleuses et des travailleurs agricoles, de la transformation et de la production.
- Encadrer les marges de la grande distribution et de l’industrie agroalimentaire pour équilibrer le partage de la valeur ajoutée dans l’ensemble des filières et/ou branches, imposer un prix minimum sur toutes les productions agricoles.
- Rompre avec le dogme libéral et sortir l’alimentation de l’OMC et des traités de libre-échange.
- Conditionner à des critères sociaux et environnementaux l’entrée des produits agricoles sur les marchés français et européens.
- Revoir la fiscalité agricole et la PAC dans une logique de répartition et de soutien à des fermes nombreuses et à la création d’emplois agricoles pérennes plutôt qu’à des investissements à outrance concentrant les outils de production et les fermes.
- Maintenir des actions environnementales de haut niveau, comme la réduction des phytosanitaires, la réimplantation des haies, les pratiques agro-environnementales, par des normes adaptées pour préserver la biodiversité, l’eau, les sols et la santé des travailleur·ses et des populations.
- Faciliter l’installation de nouvelles et nouveaux paysan·nes pour atteindre l’objectif d’un million sous dix ans.