La grève victorieuse des salarié·es de la Biocoop Les Fêtes est riche d’enseignements pour nos luttes futures. Retour sur cette expérience et notamment sur ce qu’elle apporte à nos pratiques militantes.
La préparation du conflit a été en grande partie la clé de ce succès. La CGT avait depuis plusieurs mois connaissance de difficultés rencontrées par les travailleur·ses du magasin Biocoop. L’UL du 19e avait permis à la CGT de s’implanter et de remporter les élections professionnelles.
À l’automne dernier, les salarié·es sollicitent l’UL avec l’intention de se mettre en grève. Une très large majorité d’entre elles et eux est d’accord pour agir. Les futurs grévistes se donnent le temps de préparer au mieux leur mouvement. De mi-novembre 2025 au 3 janvier 2026, date du début de leur lutte, ils et elles se sont réuni·es régulièrement à l’UL, avec la participation de l’US Commerce, pour déterminer leur plate-forme revendicative et les modalités pratiques de la grève. Deux conditions à la réussite de la grève sont ainsi réunies avant son déclenchement : une décision prise par les salarié·es eux et elles-mêmes et des revendications qu’ils et elles ont élaborées et se sont appropriées.
Leur détermination leur a donné, à raison, de l’ambition. Principale revendication : écarter la gérante du magasin. En effet, cette personne adopte un comportement toxique qui dégrade profondément les conditions de travail et provoque des arrêts maladie, voire des démissions.
Pour les salarié·es, souvent très jeunes, c’est leur première expérience de la grève. Ce qui aurait pu être une faiblesse va devenir leur force. Ils vont conduire leur lutte de façon rigoureuse mais avec inventivité.
La CGT, l’outil qui permet de gagner
Avec seize grévistes sur vingt salarié·es, le rapport de force est immédiat et le magasin est contraint de cesser son activité. L’appui concret de la CGT parisienne a été déterminant. Le conflit est accompagné par l’UL du 19e et l’US Commerce mais de nombreuses structures contribueront aussi à la victoire, en particulier les dons à la caisse de grève, qui vont permettre aux grévistes de reconduire leur mouvement. Décidée au départ pour trois jours, la grève durera trois semaines. La venue de camarades de différentes professions sur le piquet de grève a également été précieuse pour le moral du collectif.
L’accompagnement de la CGT a permis aux grévistes de surmonter les attaques et les pièges de la direction. Pour une première grève, les salarié·es ont subi la plupart des méthodes de déstabilisation utilisées par les patrons : recours à un huissier, intervention de la police, provocations, fermeture du magasin pour les contraindre à tenir leur piquet de grève sous la neige, etc. L’UL a agi auprès des autorités de l’arrondissement et de la préfecture de police pour faire cesser les pressions policières. L’US Commerce a aidé la délégation des grévistes à contrer les « arguments » de la direction dans les négociations en faisant intervenir une experte-comptable.
Le collectif des grévistes a géré sa communication, mais la diffusion de ses publications sur les réseaux CGT a permis une forte visibilité. Cette lutte a fait aussi l’objet d’une très bonne couverture médiatique, élément important dans le rapport de force. Et l’intervention de l’inspection du travail pour mettre en œuvre une médiation a créé les conditions permettant d’aboutir à la conclusion d’un accord.
Une victoire qui porte loin
Les salarié·es ont conclu cette grève de la meilleure des manières, en reprenant le travail fort·es d’un collectif soudé et d’un accord solide, qui satisfait leurs principales revendications. En obtenant la mise en retrait de la gérante de la gestion effective du magasin, les grévistes obtiennent une victoire à la portée bien plus large que le périmètre de leur magasin. À la suite des salarié·es de Boulinier, qui avaient obtenu un encadrement du pouvoir disciplinaire de l’employeur, et des salarié·es de la logistique Gibert Jospeh, qui ont gagné sur les conséquences du transfert du contrat de travail, les grévistes du Biocoop Les Fêtes ont touché aux pouvoirs de direction du patronat.
Cette grève a aussi permis de mettre en lumière le système Biocoop qui, sous couvert de coopérativisme, additionne les petites structures où, c’est bien connu, il est plus compliqué de bâtir une représentation syndicale solide et pérenne. L’issue très positive de cette grève contribuera sans aucun doute à dépasser les obstacles posés par les patrons à l’organisation collective des salariés.