Le 6 mai, plusieurs centaines de salarié·es de la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon (FOCSS) se sont rassemblé·es devant le ministère de la Santé pour défendre leur entreprise, menacée de disparition. Un rassemblement unitaire et combatif, révélateur de leur détermination.
La Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon (FOCSS) est un acteur privé à but non lucratif créé en 1906 pour venir en aide aux personnes et aux familles en état de faiblesse. La FOCSS compte aujourd’hui pas moins de soixante-cinq établissements en Île-de-France : des crèches, des Ehpad, un institut de formation, un centre de prévention sexuelle, des pôles d’hospitalisation à domicile, des centres de santé, des PMI (Protection maternelle et infantile), et l’Hôpital Mère-Enfant de l’Est parisien. Elle a été placée en redressement judiciaire le 5 novembre dernier.
Les élu·es du CSE dénoncent une gestion opaque
Cette fondation, qui existe depuis cent vingt ans et qui est reconnue d’utilité publique depuis 1922, risque donc de disparaitre dans l’indifférence générale si on ne se mobilise pas pour sa sauvegarde et le maintien de ses valeurs sociales. Mille huit cents salarié·es sont concerné·es, qui, accueillent plus de cent mille usager·es par an. Pour Carole Ducrocq, déléguée syndicale CGT, « l’un des acteurs les plus importants du secteur social et médico-social en Île-de-France ne peut pas mourir comme ça, ce n’est pas possible ! ». Avant d’ajouter, lors d’un rassemblement le 6 mai devant le ministère de la Santé : « L’intégralité de la Fondation est en plan de cession totale, c’est juste une catastrophe pour nous toutes et tous qui sommes là, pour les familles, pour les malades, pour les usagers et les usagères, pour tous ces gens qui comptent sur nous ! »
Comment cette fondation centenaire a-t-elle pu en arriver à ce point de non-retour ? Pour expliquer les 12,3 millions d’euros de déficit en 2024 et les 50 millions d’euros de passif, salarié·es et représentant·es du personnel dénoncent une gestion aussi mauvaise qu’opaque, et une direction qui tente d’entraver l’action des syndicats, à commencer par le CSE. Le 14 avril, l’annonce avait été brutale : « Dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire ouverte le 5 novembre 2025, les administrateurs judiciaires ont annoncé ce jour au CSE de la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon la décision d’engager un plan de cession au moyen d’un appel d’offres. »
“Nous, ces gens-là, on n’en veut pas”
La question est de savoir si les repreneurs – qui doivent déposer leurs offres pour le 15 juin – seront dans le champ du lucratif ou du non-lucratif. Pour le personnel, la réponse est claire : « On veut que des repreneurs sérieux se manifestent, des repreneurs qui ne sont pas là pour faire du fric sur le dos des malheureux, des gens qui ont besoin d’aide. Le privé lucratif ne permet pas cela. On a vu ce que ça a donné avec Orpea, avec Babilou. Nous, tous ces gens-là, on n’en veut pas. On veut des repreneurs qui ont les mêmes valeurs que nous, à savoir apporter de l’aide aux autres, quels que soient leurs revenus et leur origine. Nous sommes là pour tout le monde. » Un refus net de revoir leurs exigences professionnelles à la baisse.
Une délégation unitaire a été reçue au ministère, notamment pour interroger le gouvernement sur sa volonté de maintenir l’activité dans le secteur non lucratif ou s’il entend laisser les acteurs du lucratif, à la recherche de dividendes, accroître leur présence dans le domaine des établissements médicosociaux. D’autres solutions sont possibles, le sauvetage dernièrement de l’Institut Montsouris en est la démonstration. La reprise par l’AP-HP est une autre solution, sans oublier les revendications de la CGT sur les centres de santé municipaux, au moins un par arrondissement.
“Nous ne lâcherons rien”
À la fin du rassemblement, Carole Ducrocq a conclu en ces termes : « Nous sommes là aujourd’hui pour nous faire entendre, pour que les politiques, pour que les médias, pour que les citoyen·nes connaissent notre situation et soient derrière nous pour essayer de sauver toutes ces belles structures que nous faisons vivre au quotidien. Et nous le faisons tellement bien que tous les usagers et toutes les usagères nous soutiennent. Donc on peut se dire un grand bravo à nous tous et toutes qui sommes ici, et nous ne lâcherons rien ! »