Le Collège de France nous offre (c’est gratuit) une expo très intéressante sur la Préhistoire. Pour mieux mettre en lumière non seulement l’obscurantisme mais aussi, parfois, une « vision » qui en dit plus sur celui qui regarde (issu d’une société patriarcale) que sur ce qu’il y a à voir. Le temple du savoir en impose encore une fois, et c’est tant mieux. Accessible à tous, dans tous les sens du terme.
L’exposition que propose le Collège de France a pour titre « Préhistoire, entre utopie et réalité ». Et c’est bien ce souci pédagogique qui a présidé à son organisation : débarrasser la réalité de l’imagination débordante qu’a suscité cette période. La préhistoire (avec un h pour la discipline, et un H pour la période) est en fait toute récente. Ce n’est qu’au dix-neuvième siècle qu’on a commencé à s’y intéresser, avec les premières découvertes, notamment les peintures pariétales dans des grottes devenues célèbres. Un siècle où la science a explosé mais avec des soubresauts. Les organisateurs de l’exposition nous préviennent : on est dans « une société encore imprégnée par le récit biblique de la Genèse ». Alors, oui, il y a des savants, mais l’illustre Cuvier, à qui l’on doit pourtant beaucoup, ne croyait pas à la théorie de l’évolution de Darwin exposée dans L’Origine des espèces.
En finir avec les stéréotypes
C’est pourtant bien de cela dont il s’agit, et qu’on nous montre avec soin et parfois originalité, par exemple en habillant une néandertalienne avec des vêtements d’aujourd’hui. La femme de la préhistoire, d’ailleurs, prend ici une dimension qu’on ne lui accordait pas auparavant. Les chercheurs dénoncent les représentations qui en sont faites : frêle, apeurée, et dévêtue juste assez pour la renvoyer à la seule fonction qui vaille, qui relèvent plus du fantasme (ici, on dit de l’imaginaire) de l’historien, du romancier ou du cinéaste que de la vérité historique. Idem pour les hommes, toujours représentés une massue à la main, alors que ladite massue n’a jamais existé !
Pourquoi une histoire avant l’histoire ?
On nous dit aussi que la dismorphie (différences de corpulence entre l’homme et la femme) est moins « naturelle » qu’on veut bien le penser. Elle est notamment visible dans les sociétés polygames où les hommes/mâles se battent pour posséder les femmes/femelles (augmentant ainsi peu à peu leur masse musculaire) mais pas dans les sociétés monogames, où il n’y a pas de combats.
Si les chercheurs ne sont pas tous d’accord entre eux pour délimiter la période préhistorique (on s’accorde cependant à dire qu’il s’agit de la période précédant l’écriture – qui elle à cinq mille ans –, mais pourquoi ?), on pourrait se demander de notre côté pourquoi un tel vocable. Choisir une date, c’est arbitrairement ne pas tenir compte de ce qui se passait avant. Dans l’évolution, il y a toujours un avant et un après, non ? Cela nous rappelle l’odieuse déclaration de Sarkozy à propos des Africains, qui ne seraient pas encore « entrés dans l’Histoire » (alors que lui est déjà sorti de prison). Ce serait sans compter Lucy, dite grand-mère de l’humanité (3,18 millions d’années tout de même), mais une jeunette par rapport à Toumaï, 7 millions d’années, un… Tchadien. Ou une Tchadienne.
En tout cas, notre lignage, plus on remonte loin, est fort complexe. Pas du tout linéaire nous dit-on, ce serait plutôt, pour donner une image, un buisson. Toujours est-il qu’aujourd’hui, l’hominine n’est plus représenté que par une seule espèce, la nôtre, et que c’est, nous dit-on encore, « récent et exceptionnel ».
Encore un mot : les enfants sont les bienvenus, on a pensé à eux.
• « Préhistoire, entre utopie et réalité », au Collège de France, 11, place Marcelin-Berthelot, tous les jours de 11 heures à 18 heures, jeudi jusqu’à 20 heures. Jusqu’au 19 juillet.
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Entrée libre
Ne soyez surtout pas intimidé·es par l’imposante institution. Au contraire, le Collège de France, c’est entrée libre. Vous pouvez assister à n’importe quel cours sans réserver, sans vous inscrire, sans être abonné (ça n’existe pas) et sans bourse délier. Et si l’amphi est plein, on vous dirigera vers un autre amphi où vous pourrez suivre le cours en visio sur grand écran. Et si vous ne voulez pas bouger de chez vous, vous pourrez aussi le suivre sur le site du Collège, mais avec quelques jours de décalage. C’est le principe du Collège de France : les plus grands chercheurs – dans tous les domaines – faisant gratuitement état de leurs travaux à tout le monde.
Vous pouvez consulter le programme de tous les cours et conférences de l’année 2025-2026 sur le site du Collège de France. Littérature, histoire, sociologie, anthropologie, droit, développement durable, mathématiques… il y en a pour tous les goûts. Nos têtes d’affiches : Didier Fassin, Patrick Boucheron, Antoine Lilti, Esther Duflo, Jean-Jacques Hublin. Mais ce n’est pas gentil pour les autres.