Deux cent cinquante mille femmes environ avortent chaque année en France. Une femme sur trois y aura recours dans sa vie. Depuis 1975 et la loi consacrant le droit à l’IVG (interruption volontaire de grossesse), la législation l’encadrant a connu des avancées, comme l’allongement du délai légal de douze à quatorze semaines ou la possibilité pour les sage-femmes de le pratiquer, mais le manque de moyens reste un frein à son accès égalitaire pour toutes. La journée mondiale de lutte pour ce droit, le 28 septembre, est là pour le rappeler.

Rien ne montre de façon plus criante la différence entre un droit sur le papier et son application concrète que le droit à l’avortement. Dans les mots : la constitutionnalisation de la liberté d’avorter. Dans les faits : des budgets austéritaires successifs ont provoqué la fermeture de plus de cent quatre-vingts centres IVG en vingt ans, amenant chaque année cinq mille femmes à aller à l’étranger pour avorter.

Car un désert médical est aussi un désert pour l’accès à l’avortement, et l’IVG est en première ligne de la dégradation globale du système de santé. Le financement des plannings familiaux est ainsi régulièrement menacé, voire directement attaqué. Parallèlement, près de 40 % des maternités ont fermé en vingt ans, et souvent, avec elles, leur centre d’orthogénie. L’accès à l’IVG peut alors connaître de véritables disparités selon les régions : en Ardèche, 52 % seulement des femmes ont pu avorter dans le département. Plus de la moitié des femmes attendent plus de sept jours pour obtenir un rendez-vous. Ainsi, plus de 80 % des IVG sont réalisés par voie médicamenteuse, le plus souvent à domicile, sans que nous puissions garantir que ce soit de plein gré.

Et face aux crises, l’IVG est toujours sacrifiée. À Paris, en 2025, la grève des infirmières intérimaires des blocs opératoires a entraîné la fermeture de plusieurs blocs. Quelles opérations furent annulées en premier ? Les IVG chirurgicales.

Un droit attaqué partout dans le monde

L’avortement est un droit systématiquement attaqué, pas seulement par les politiques libérales mais aussi par l’extrême droite et la montée des idées réactionnaires. Ainsi, une des première mesures prises par les candidats d’extrême droite lorsqu’ils accèdent au pouvoir est d’attaquer le droit à l’avortement. Après les États-Unis, la Pologne ou l’Italie, la menace que fait peser l’extrême droite sur les droits des femmes n’est plus à démontrer.

Dans le monde, seule une quarantaine de pays autorise l’avortement. Pourtant, son accès est essentiel pour garantir la santé et la sécurité des femmes. Car interdire l’accès à l’avortement n’empêche pas les femmes d’avorter mais les conduit vers des pratiques non sécurisées et, dans le monde, une femme meurt toutes les neuf minutes d’un avortement clandestin. La CGT est solidaire de toutes les femmes qui se battent dans le monde pour obtenir le droit à l’IVG.

En France, les récentes déclarations de Macron sur le réarmement démographique et la panique morale qui fait suite à la baisse de la natalité montrent l’obsession des politiques au sujet de la démographie. Cette panique est un marronnier de l’extrême droite. Sur le fond, il s’agit de nourrir le fantasme d’un « grand remplacement » et de promulguer une vision de la femme incapable de prendre des décisions par et pour elle-même.

Unissons nos voix pour le droit à l’IVG !

L’IVG, comme la contraception ou l’accès à la PMA, est un combat pour la planification familiale et notre autonomie. Il s’agit en fait de pouvoir garantir à chaque femme de faire un enfant si et quand elle le veut, et d’en faire le nombre qu’elle souhaite. Avec la CGT, nous revendiquons pour tou·tes le plein droit sur ses droits reproductifs, et nous exigeons : les moyens financiers nécessaires et pérennes pour que les plannings familiaux, les centres IVG et les centres de prévention sexuelle puissent fonctionner ; la suppression de la double clause de conscience spécifique à l’IVG ; la réouverture des centres IVG et des lits d’IVG fermés ; la formation des professionnelles de santé pour une meilleure prise en charge, sans culpabilisation pour les femmes qui avortent ; la mise en place effective des heures d’éducation à la vie affective et sexuelle ; l’augmentation des salaires pour l’amélioration des conditions de vie de tous et toutes.

Collectif Femmes-Mixité de l’UD de Paris

• Tribune dans Libération : Droits des femmes Cinquante ans après la loi Veil, l’accès à l’IVG reste fragilisé en France