Après le 17 octobre, le gouvernement paniqué a choisi d’écraser la colère avec le déploiement d’un appareil sécuritaire considérable. C’est la stratégie du chaos qui a été adoptée le samedi 24 octobre, avec l’interdiction en dernière minute de la manifestation pourtant dûment négociée et validée avec la préfecture. Cette décision a montré le vrai rapport du pouvoir aux syndicats, bien loin des déclarations de Macron qui voulait en faire des garants de l’ordre en annonçant ce jeudi 22 octobre que « seules les manifestations organisées par les syndicats seront autorisées ».

Après cette interdiction, trop tardive pour pouvoir être contestée dans les temps devant la justice, deux risques se présentaient : d’abord celui d’une manifestation de dirigeant⋅es syndicaux, suivi⋅es d’un cortège famélique, défilant avec le calme d’un tramway sur le boulevard des maréchaux. Ensuite, et surtout, le risque que beaucoup de manifestant⋅es n’ayant pas connaissance du nouveau parcours imposé par la préfecture se rendent sur une place de la Bastille verrouillée sur la police et subissent une violente répression.

Mais ces obstacles dressés devant la mobilisation n’ont pas suffi : 250 000 personnes sont venues marcher à la manifestation de samedi, remplissant le large boulevard de la porte d’Italie à la porte de Vincennes quasiment sans discontinuer. Preuve de la détermination du mouvement, mais aussi de notre capacité collective à faire circuler rapidement les informations, ainsi que de la justesse de la posture de l’intersyndicale qui a su tenir tête à la préfecture et rester unie pour chercher jusqu’au bout à manifester sur le parcours décidé initialement.

Mais si nous avons fait la démonstration que la mobilisation ne faiblissait ni en nombre ni en détermination, on ne peut pas pour autant se satisfaire d’avoir dû défiler dans les termes prévus par la préfecture. La conclusion s’impose : si les manifs ne suffisent pas, et que le gouvernement réprime par la force brute toute présence non autorisée dans les rues, il faut changer de terrain de jeu et ajouter aux modes d’action existants dans ce mouvement celui de la grève.

Car Laurent Nunez ne pourra pas envoyer des CRS dans chaque entreprise. Car sous la pression du patronat qui ne pourra encaisser les pertes économiques, Macron sera forcé de reculer.

Alors à nous de jouer : l’arrêt de travail est le mode d’action privilégié des syndicats. Le 5 novembre est l’occasion de faire passer un nouveau cap à la mobilisation, mais ce ne sera le cas que si nous utilisons toutes nos forces, ces prochains jours, à impulser la grève dans toutes les entreprises et tous les services.