La trêve des confiseurs est censée suspendre les hostilités, apaiser le climat, offrir un moment de recul collectif. Mais il faut croire que, cette année encore, certains persistent à confondre sérénité et opportunisme, preuve que la lutte des classes demeure. La mise en examen de notre secrétaire générale Sophie Binet pour injure publique est le symbole éclatant d’une instrumentalisation judiciaire à peine voilée et illustre, s’il en était encore besoin, la bêtise politique, relai du patronat, qui confine à l’acharnement et s’ajoute à la longue liste des militants syndicaux qu’on veut faire taire.

Pendant ce temps, et alors que le pays aurait besoin de cohésion, de dialogue et de perspectives, le pouvoir préfère détourner l’attention, stigmatiser celles et ceux qui dérangent, et espère que les turbulences se noieront dans le brouhaha festif. Il n’en sera rien, car les faits sont têtus et, même au creux de l’hiver, soyons certains que le Medef se fera le défenseur des ultra-riches, et si les départs s’enchaînent et les renoncements s’accumulent, il faudra bien admettre que les « rats quittent le navire », et c’est tant mieux !

N’oublions pas que cette situation cache un malaise profond car derrière les gesticulations de toutes sortes se cache une réalité que plus personne n’ignore : un gouvernement privé d’assise démocratique, affaibli par des mois de passages en force, et qui peine à masquer son illégitimité croissante. L’instabilité économique qu’il engendre n’a rien d’un hasard. Elle est la conséquence directe d’une incapacité à convaincre, à écouter, à bâtir un cap partagé. Les citoyen·nes comme les actrices et les acteurs économiques évoluent désormais dans un climat où l’incertitude n’est plus un aléa : elle est devenue la norme.

Face à cette désorientation, notre organisation, elle, choisit l’exact inverse : prendre le temps du bilan, assumer le débat, préparer l’avenir. Le congrès de notre Union départementale qui s’annonce pour février 2026 sera un moment essentiel, non seulement pour mesurer ce qui a été accompli mais surtout pour définir la stratégie de développement à la hauteur des défis qui s’annoncent. Dans un contexte où les repères se délitent, il nous revient de consolider les nôtres, d’affirmer notre utilité sociale, de tracer des perspectives claires pour les prochaines années.

Alors, oui, même durant la trêve des confiseurs, certains persistent à faire diversion. Mais pendant qu’ils s’agitent pour sauver ce qui peut l’être d’un édifice qui se fissure de toutes parts, nous faisons le choix de construire, de réfléchir et de nous projeter. Car la meilleure réponse au vacarme inutile reste, toujours, la force tranquille d’une organisation qui sait où elle va et pourquoi elle y va.

Christophe Carrère, UD de Paris