La ministre de la Culture a dû déjà céder en partie face à la mobilisation massive des agent·es et annoncé maintenir la subvention qu’elle prévoyait de baisser. Insuffisant cependant pour l’intersyndicale CGT-CFDT-Sud qui, de son côté, a annoncé suspendre la mobilisation pendant les fêtes de fin d’année pour ne pas pénaliser les visiteurs. La grève reprendra le 5 janvier.

Massivement mobilisés pour protester contre le sous-effectif, la dégradation du bâtiment ou la hausse des tarifs pour les visiteurs non résidents de l’espace économique européen, les personnels avaient voté la grève le 15 décembre, entraînant la fermeture totale du musée, puis de nouveau les 17 et 18 décembre, avec une fermeture partielle mais non moins conséquente de l’établissement. Les avancées découlant des négociations du 18 décembre ont été actées mais sont toujours jugées insuffisantes par les personnels réunis en assemblée générale vendredi 19 décembre. Ceux-ci ont donc voté le maintien du préavis de grève et fixé une assemblée générale au lundi 5 janvier 2026.

Pour rappel, le 8 décembre dernier, ils avaient voté le dépôt d’un préavis de grève pour soutenir les revendications suivantes : changement de gouvernance, priorisation des travaux de mise en sûreté et sécurité de l’établissement, arrêt du projet Louvre Grande Colonnade, renoncement à la tarification différenciée discriminante pour les non- européens, création d’emplois statutaires à la hauteur des besoins, stabilisation des emplois des personnels contractuels, revalorisation salariale des titulaires et des contractuel·les, réduction de la charge de travail, amélioration des conditions de travail et de visite, reconnaissance de l’expertise des personnels dans les processus de décision, réponses concrètes au cahier de doléances.

« Depuis des années, la coupe est pleine. Il y a une grande exaspération », nous confie Christian Galani, délégué CGT et membre du bureau de l’UD CGT de Paris. Nathalie Ramos, secrétaire générale du Syndicat national des musées et des domaines abonde :« On ne peut pas acheter les agent·es à coups de petites primes minables. Les salarié·es se sentent humilié·es par cette proposition de la direction. Les agent·es s’offusquent aussi de l’absence de la présidente, comme si elle ne considérait pas sérieusement leurs revendications. » Car malgré la tempête, Laurence des Cars est aux abonnés absents en ce début de négociations. Inacceptable pour les organisations syndicales.

Laurence des Cars auditionnée au Sénat

C’est dans ce contexte social tendu que la présidente-directrice du Louvre, a été de nouveau auditionnée le 17 décembre par la Commission de la culture du Sénat, qui cherche à éclairer les failles sécuritaires du musée. Le 22 octobre, trois jours après le vol des huit joyaux de la Couronne, Laurence des Cars avait déjà reconnu un « échec » devant les sénateurs mais défendu son action, assurant notamment avoir « accéléré l’élaboration » du schéma directeur de sûreté. Depuis, des révélations embarrassantes ont affaibli la dirigeante, à la tête du musée depuis fin 2021. Laurence des Cars a dû reconnaître n’avoir eu connaissance d’un audit sécuritaire alarmant de 2019 qu’après le vol, et la Cour des comptes a récemment relevé le « report persistant » affectant le schéma directeur de sûreté, dont la mise en œuvre n’a pas encore débuté. La gestion de la sécurité du musée au cours des dernières années a également été étrillée par l’enquête administrative lancée après le cambriolage.

La CGT, majoritaire au Louvre, alerte depuis plus de vingt ans

Pourtant, depuis des années, les organisations syndicales alertent direction et ministère sur le manque de personnel (deux cents emplois à plein temps supprimés en quinze ans tandis que la fréquentation du musée a augmenté de moitié dans la même période), la vétusté et le manque d’investissements. Nathalie Ramos rappelle que les revendications des agent·es public·ques portent sur des conditions de travail et de visite dégradées. « Il faut se rendre compte : il n’y a pas de toilettes dans certaines ailes du musée. » Car si la grève intervient dans un contexte très médiatisé depuis le cambriolage du 19 octobre, les revendications des agent·es sont loin d’être nouvelles. « Cela fait plus de vingt ans que nous mettons en avant les problèmes de sûreté et d’effectifs », rappelle Yvan Navarro, cosecrétaire général de la CGT Culture. L’actualité récente qui touche le musée le plus visité du monde modifie également le rapport de force des employé·es : « D’abord le cambriolage puis l’inondation constituent des symptômes, mais aussi des leviers pour montrer qu’il n’est pas question d’être sacrifiés sur l’autel des coupes budgétaires », ajoute-t-il.

Cette grève pourrait également servir d’exemple. Des représentant·es des équipes de l’Opéra Garnier sont en effet venu·es à la rencontre des journalistes pour dénoncer à leur tour leurs conditions de travail et évoquer la possibilité d’une grève. Une hypothèse que soutient le cosecrétaire général de la CGT Culture : « Oui, le gouvernement doit de façon plus globale prendre conscience qu’il est nécessaire d’apporter des mesures et des réponses pour l’ensemble des musées nationaux. »

Un conflit de valeurs

Au-delà des questions d’emploi, de rémunérations et de conditions de travail, Christian Galani évoque un véritable conflit de valeurs. En effet, « la tarification différenciée consacre une rupture d’égalité dans l’accès au service public culturel. En conséquence, la CGT condamne fermement la marchandisation de la culture que sous-tend cette mesure. Elle ne peut en aucun cas, souligne le représentant du personnel CGT du Louvre, servir l’idéal d’universalité auquel le ministère de la Culture et la direction du Louvre prétendent, et marque une profonde régression dans la démocratisation culturelle. La CGT revendique l’accès gratuit à la culture pour toutes et tous en tant qu’elle constitue un vecteur d’émancipation et de transformation sociale. Enfin, à l’heure où d’aucuns mal inspirés nous invitent à « accepter de perdre nos enfants » dans un contexte mondial d’économie de guerre, de montée du protectionnisme et de repli des identités, il réaffirme à contre-courant que la culture, patrimoine de l’humanité, nous unit par-delà les frontières, crée des liens entre les civilisations et les nations, alors que la tarification différenciée discrimine les peuples. Ce combat pour des valeurs universelles renforce la détermination des personnels à poursuivre leur mobilisation. »