Actif depuis de nombreuses années, le collectif Immigration de l’UD a vécu deux dernières particulièrement intenses et difficiles. En effet, sur le plan de la législation, il y a eu des évolutions qui, on le sait ou on le devine, n’ont pas été en faveur des travailleurs immigrés.

Dans la dernière période, la législation à l’égard des travailleurs étrangers a évolué. En particulier, nous avons assisté à la fin de la circulaire Valls, circulaire qui, si elle était imparfaite et insatisfaisante, a permis néanmoins la régularisation de nombreuses personnes sur la base du travail, notamment à Paris. De plus, deux autres événements sont venus percuter notre activité d’accompagnement et d’organisation des travailleurs sans papiers : le passage particulièrement destructeur de Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur, qui a poussé les préfectures à arrêter toute forme d’échange avec les organisations syndicales et les associations, nous laissant dans un flou total sur les interprétations de la loi ; et la mise en place de l’Anef, la plate-forme de dématérialisation des demandes de titre de séjour, qui a été catastrophique, les difficultés d’utilisation s’accumulant à une échelle invraisemblable.

Un univers kafkaïen

Tous ces éléments ont mené à une situation encore plus ubuesque. Non seulement déposer une première demande de titre était très difficile et dangereux, le risque étant de se voir délivrer une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) mais, en plus, les retards sur les renouvellements des titres de séjour se sont accumulés. Ainsi, des dizaines de milliers de salarié·es, régularisé·es depuis plusieurs années et dont la situation n’avait pas changé, ne parvenaient plus à obtenir de rendez-vous en préfecture pour, tout simplement, renouveler un titre. Cela a eu des conséquences dramatiques car les employeurs ont fréquemment cherché à suspendre les salarié·es concernés, voire à les licencier. Le collectif Immigration de l’UD est donc intervenu auprès de nombreux employeurs, parfois avec l’appui des représentant·es CGT des entreprises, pour empêcher ces licenciements.

Toutes ces difficultés ne sont dues ni au hasard ni à la fatalité. Elles sont le fruit de politiques publiques racistes et hypocrites. Les travailleuses et les travailleurs étrangers font tourner des pans entiers de l’économie, notamment en Île-de-France. Pensons à l’aide à domicile, aux soins aux enfants et aux personnes âgées, à l’hôtellerie-restauration, au BTP, au commerce, au nettoyage, à la sécurité… Elles et ils contribuent également à notre société en payant des cotisations sociales et des impôts. Bref, les maintenir dans une telle situation de précarité administrative est non seulement irresponsable mais totalement injuste.

De l’individuel au collectif

Nous sommes des syndicalistes, par conséquent nous le savons : c’est le rapport de force qui permet de changer les choses. C’est pourquoi le collectif Immigration de l’UD de Paris tient tous les lundis matin une permanence pour les travailleurs étrangers. Elle se déroule en deux temps : nous réunissons d’abord les travailleurs, afin d’exposer la situation et d’échanger sur le travail, les rendez-vous en préfecture, les difficultés, les possibilités de mobilisation collective ; puis nous avons des rendez-vous individuels avec chaque salarié pour les accompagner sur des problématiques spécifiques. Au cours de ces permanences, nous apprenons à connaître les travailleurs, qui reviennent souvent plusieurs fois. Nous pouvons régler des problèmes individuels, mais aussi construire des mobilisations collectives.

Ainsi, la grève des coiffeuses et barbiers du boulevard de Strasbourg, qui dure depuis le 3 mars, permet d’augmenter le rapport de force. L’énergie et la solidarité formidables des grévistes et de leurs soutiens de la CGT, qui occupent le salon de coiffure vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ont permis de mettre le sujet sur le devant de la scène. La vulnérabilité des salarié·es étranger·es, en particulier lorsqu’ils et elles sont sans papiers, est démontrée de manière éclatante boulevard de Strasbourg. Cette situation les a amené·es à être victimes de traite des êtres humains de la part de patrons qui ont gravement abusé de cette vulnérabilité.

La démonstration est très claire : c’est l’absence de titre de séjour qui crée la vulnérabilité. Il faut délivrer des titres à tous les travailleurs, pour les protéger et pour qu’ils et elles aient accès à leurs droits. Et c’est la solidarité dans la grève qui permet d’en sortir, de dénoncer la situation et d’obtenir des titres de séjour. C’est tout l’objectif du collectif Immigration de l’UD : créer du collectif là où les salarié·es sont le plus exploité·es, pour gagner des luttes.

Le collectif Immigration de l’UD Paris