Il est des maux invisibilisés parce qu’ils ne sont pas subis par toutes et tous. Ils n’en existent pas moins. Pathologies menstruelles, endométriose, préménopause et ménopause ne doivent pas être pénalisantes. Il est temps d’en parler haut et fort et de revendiquer un congé de santé hormonale.

Pénibilité minimisée, risques sous-estimés, affections spécifiquement féminines niées, facteurs de risques secondaires sous-évalués, cancers professionnels non reconnus : les risques professionnels des travailleurs et des travailleuses sont « majoritairement invisibles et silencieux », comme alertait le rapport « Santé des femmes au travail : des maux invisibles » du Sénat en juin 2023. Cela n’est pas nouveau : dans le monde du travail, la santé des femmes est depuis toujours invisibilisée, au bénéfice du capitalisme et du patriarcat.

Une réalité sociale qui appelle une réponse collective

Les douleurs et troubles liés à la santé hormonale ne sont ni une faiblesse ni un problème individuel, et ne doivent plus être un tabou. Elles sont une réalité sociale, qui appelle une réponse collective pour la conquête d’un nouveau droit. Ces inégalités structurelles ont de graves conséquences sur la santé et les trajectoires professionnelles des femmes. L’absence de prise en compte des spécificités liées au genre accroît significativement les accidents du travail, les maladies professionnelles et les inégalités économiques.

Les femmes sont particulièrement exposées aux troubles musculosquelettiques (TMS), aux troubles psychosociaux, aux risques organisationnels, à la précarité menstruelle et aux violences sexistes et sexuelles au travail. Lutter contre ces maux invisibles implique de lever les tabous autour des pathologies menstruelles, de l’endométriose, de la préménopause et de la ménopause. De nombreux·ses salarié·es, personnes menstruées et personnes en parcours de transition souffrent de douleurs invalidantes et de symptômes chroniques. Elles subissent une double peine : soit continuer à travailler au détriment de leur santé, soit s’arrêter et perdre des jours de salaire à cause des jours de carence ou être dans l’obligation de poser des congés.

Une mesure qui doit être universellement appliquée

L’UD CGT de Paris lutte pour une meilleure prise en compte de la santé des femmes et une approche intersectionnelle de la santé au travail. La revendication d’un congé de santé hormonale montre que les femmes et les personnes menstruées ne constituent pas un groupe social uniforme. Leurs conditions de travail, d’exposition aux risques et d’accès aux droits varient selon de multiples facteurs : classe sociale, secteur professionnel, statut, territoire ou encore discrimination raciale.

Il est indispensable de s’interroger sur les conditions concrètes de mise en œuvre de ces revendications dans l’ensemble des secteurs (public, privé, sous-traitance, intérim, temps partiel imposé, travail précaire…). Une mesure qui ne serait pleinement accessible qu’aux salarié·es les plus protégé·es économiquement, géographiquement ou statutairement est un risque de renforcement des inégalités existantes.

Tout cela souligne la nécessité pour la CGT de s’implanter et de se renforcer, y compris dans les secteurs où nous sommes trop souvent absent·es, en particulier dans la sous-traitance. Pour cela, nous devons avoir des structures syndicales en capacité d’organiser ces salarié·es tout au long des chaînes de sous-traitance. Cette lutte s’accompagne de l’exigence du respect de droits fondamentaux pour toutes et tous.