Après bien d’autres, la salle Hénaff de la Bourse du travail, 29, boulevard du Temple, hérite d’une nouvelle fonction : le cinéma. L’UD a en effet décidé de la dédier aussi à l’éducation populaire, à la culture, et pour cela, a mis sur pied, en 2025, un ciné-club. La troisième séance s’est déroulée le vendredi 18 février en début de soirée. On y était.
La salle Hénaff (400 places) était bondée le 18 février pour assister en avant-première à un film documentaire intitulé Le Chemin de la liberté, consacré à la vie quotidienne de militant·es libertaires engagé·es dans le combat contre l’envahisseur russe, mais aussi de militant·es féministes, écologistes, syndicalistes. L’occasion de mieux ressentir le vécu des Ukrainien·nes et leur volonté de résistances. Nous sommes contre la guerre, disent en substance les jeunes libertaires, mais comment riposter autrement quand on est bombardé·es ? Certain·es ont rejoint les rangs de l’armée régulière, d’autres ont choisi d’aider à l’arrière, mais toutes et tous ont fait du combat leur quotidien, au nom de la liberté.
Comme tout ciné-club qui se respecte, un débat a suivi le film, d’autant plus riche qu’il était animé par les deux réalisateurs, Pierre Chamechaude et Christophe Cordier (c’était, rappelons-le, une avant-première), et avec d’autant plus d’émotion que trois des protagonistes étaient présents, une jeune Ukrainienne et les parents d’un jeune Russe engagé dans les rangs ukrainiens et mort au combat, et que l’on voit et entend dans le film, avant sa tragique disparition.
Un des spectateurs a tenu à dire que l’un des mérites de ce film était aussi de donner ou redonner de l’énergie et du moral à toutes celles et ceux qui condamnent l’agression russe en Ukraine. Et pour cela, la date de la séance était bien choisie : le lendemain avait lieu à Paris un République-Bastille de soutien au peuple ukrainien.
L’UD a la volonté d’organiser des séances de ciné-club. L’essentiel est que ce « ciné-débat » existe et que les camarades soient informé·es en temps en heure de ces projections.
En 2025 furent projetés deux films. Là encore liés à l’actualité pas dénués, loin s’en faut, d’émotion. Il y a un an, souvenez-vous, des hommes cagoulés, aux cris de « Paris est nazi ! », avaient attaqué les spectateurs d’un film diffusé dans le local d’une association. Paul, un militant de la CGT, avait été sérieusement blessé. Il s’agissait du film Z, de Costa-Gavras. Doublement ému, par le drame et par le fait qu’on passe son film encore aujourd’hui (il date de 1969), le réalisateur a facilité une nouvelle projection salle Hénaff, que le public n’a pas boudée, loin s’en faut. Et Costa-Gavras était présent lors de cette soirée riche en émotions.
L’UD a également projeté Mothership, un film documentaire – plusieurs fois primé – de Muriel Cravatte, et en sa présence. Son objet : rendre visible le périple des femmes et des hommes qui font la traversée éminemment dangereuse de la Méditerranée. La documentariste l’a réalisé en montant à bord de l’Ocean Viking, qui porte secours aux exilé·es. Sur le bateau, un espace est réservé aux femmes et aux enfants. Des enfants qui ne parlent pas car on leur a appris, par prudence, à ne pas parler, mais sans doute aussi parce qu’ils ont subi des traumatismes. Et des femmes qui parfois s’épanchent, car la réalisatrice a su gagner leur confiance, racontant l’enfer subi, les violences, les tortures et les viols. Pour que ça se sache.
Reste à souhaiter longue vie à ce ciné-débat. Si l’on en juge par l’affluence, il y a de la demande, et donc de quoi être optimiste. Les jours où elle n’est pas un lieu de meeting, de congrès ou de débats, que la salle Hénaff ne reste pas assoupie mais soit aussi un lieu de diffusion culturelle. C’est une belle idée, et une initiative à poursuivre. N’oublions pas que, au xixe siècle, le mouvement ouvrier s’est construit sur trois piliers : le syndicalisme, les coopératives et… l’éducation populaire.