Comme son nom le laisse deviner, « Bien chez soi » a pour activité l’aide à domicile. C’est une association, qui compte trois cents salarié·es. Et ces salarié·es, pour ce qui les concerne, n’étaient pas bien dans leur boulot : journées à rallonge, salaires de misère, transport conséquent entre chaque intervention, telles étaient leurs (mauvaises) conditions de travail. Ils nous racontent la suite…
En septembre 2025, l’arrivée d’un nouveau directeur à Bien chez soi a été la goutte de mépris qui a fait déborder le vase : management extrêmement vertical, embauche de cadres très bien payé⋅es, injonctions à la rentabilité au détriment de la qualité de soins… Grosse goutte ! Alors, avec l’aide de l’Union locale CGT du 17e arrondissement, les militant⋅es de l’entreprise ont préparé la mobilisation, qui sera lancée le 2 avril devant le siège de l’entreprise, sous les yeux d’une direction plutôt sûre de son fait. Pourtant, le ton avait été immédiatement donné : plus de quatre-vingts grévistes qui ont tenu un piquet toute la journée, dans un quartier peu habitué aux manifestations.
Savoir s’inscrire dans la durée
La grève s’est poursuivie le lendemain, avec le soutien des autres bases CGT de l’arrondissement et de la capitale. Puis il a fallu se rendre à l’évidence : la direction pariait sur un essoufflement rapide du mouvement. Il allait donc falloir tenir plusieurs jours, créer une caisse de grève, outil vital dans un secteur où les salaires suffisent à peine à vivre. Gonflées à bloc à la fin du deuxième jour de grève grâce à l’ampleur de la mobilisation et à la visite de soutien de personnalités politiques (dont le sénateur Ian Brossat), les grévistes ont su s’inscrire dans la durée malgré les obstacles : le siège n’accueille que le personnel de bureau, les aides à domicile et soignantes travaillent au domicile des personnes dont elles s’occupent, et ne se croisent donc presque jamais. Faire durer la grève, c’est écrire des messages et appeler ses collègues sans relâche, seul moyen de se passer les infos et de se motiver mutuellement.
Lors des premières négociations, les salarié⋅es ont déposé leurs revendications : paiement à la même date pour tout le monde, retour de la subrogation pour éviter les pertes de salaire en cas d’arrêt maladie, généralisation des tickets restaurants (dont les aides à domicile sont aujourd’hui exclues). La direction s’est d’abord montrée inflexible : tous les leviers économiques sont entre les mains des financeurs et malgré toute sa bonne volonté, elle ne peut pas leur accorder un euro de plus.
Une lutte qui fera date
Alors les travailleuses sont allées voir les financeurs avec un rassemblement devant l’Agence régionale de santé à Saint-Denis… pour se voir répondre que l’ARS comprenait leurs demandes mais que les financeurs ne pouvaient pas intervenir dans les choix de gestion interne des associations. Bref, un renvoi de balle permanent, bien pratique pour éviter aux décideurs de devoir faire quoi que ce soit.
Sauf que la détermination des grévistes n’a pas faibli, et les soutiens – notamment de Sophie Binet – ont continué de venir appuyer la lutte sur le piquet. La direction a alors commencé à reculer : les dates de versement des salaires seraient harmonisées d’ici septembre ; la subrogation ferait l’objet d’une réflexion. Insuffisant, ont estimé les grévistes, qui ont reconduit le mouvement jusqu’à ce que sa mise en place soit prévue pour janvier 2027. Des négociations seront ouvertes sur les conditions de travail, sur les tickets restaurant, dont la gestion actuelle est illégale. Là-dessus, la direction invoque des contraintes budgétaires et préfère rester hors la loi plutôt que permettre aux salarié⋅es de se nourrir correctement le midi. Les grévistes ont alors posé un ultimatum : des tickets restaurant pour tou⋅tes en septembre ou ils saisiront le conseil de prud’hommes.
Les principales revendications ayant étant obtenues, cette première grève peut être qualifiée de victorieuse, malgré les difficultés à mener une lutte dans un tel secteur, où il faut se battre contre son employeur mais aussi contre les financeurs, et contre l’État qui détermine leur budget ! Et, surtout, c’est une victoire qui fera date dans la branche de l’aide à domicile et qui marquera à n’en pas douter le début d’une dynamique de lutte dans d’autres associations de ce secteur à Paris.