Comme l’écrivait Brecht, « on dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent ».

Emmanuel Macron a méthodiquement prolongé et aggravé ce qu’avait initié François Hollande : le démantèlement à plus ou moins bas bruit des services publics, l’appauvrissement des catégories les moins aisées, l’enrichissement extravagant des plus riches et les entorses de plus en plus grandes aux libertés publiques et à la démocratie.

Cela fait dix longues années que les gouvernements successifs opposent aux contestations populaires des politiques inégalitaires, des réponses dénigrantes, répressives et toujours plus violentes.

Parallèlement, Emmanuel Macron n’a eu de cesse d’envelopper de sa morgue et de son mépris ces « corps intermédiaires » (comprenez « les syndicats »), ces archaïsmes aux yeux de la start’up nation qui ne font rien qu’à entraver la modernisation de la France.

La ringardise de ce slogan défunt et le bilan désastreux du macronisme résument parfaitement le double quinquennat. Des Gilets-Jaunes aux événements du 17 octobre, en passant par l’immense mouvement contre la réforme des retraites, ce sont ces éruptions sociales qui marqueront l’histoire d’une présidence « disruptive », certes, mais pas comme elle l’imaginait.

A tel point qu’au lendemain du 17 octobre, le président de la République, à l’occasion d’une intervention au creux affligeant, a piteusement appelé au secours… les corps intermédiaires qu’il a superbement ignorés et volontairement affaiblis dès sa prise de mandat.

Notre rôle est aujourd’hui essentiel, mais ce n’est pas celui que Macron veut nous assigner : notre présence auprès des jeunes, notre capacité de mobilisation, la justesse de nos revendications, doivent être mises au service de la victoire du mouvement social en cours. C’est la seule voie pour barrer la route à une extrême-droite à laquelle le pouvoir continue de dérouler le tapis rouge.