Le 17 octobre 2023, cinq cent deux travailleurs et travailleuses d’Île-de-France dépourvus de titre de séjour entamaient une grève pour leur régularisation et l’égalité des droits sociaux. Ils et elles décidaient ainsi de sortir de l’invisibilité où ils se trouvaient relégués et de tenter d’obtenir de leurs employeurs les « Cerfa » et l’ensemble des documents indispensables pour faire valoir leur droit au séjour. Récit.

Il s’est agi d’une lutte longue, s’inscrivant dans la continuité des luttes victorieuses qu’ont accompagnées les militantes et les militants de la CGT, et qui témoigne de la détermination exemplaire et de la capacité d’auto-organisation des travailleuses et travailleurs sans papiers dans un contexte miné par le débat autour de la loi immigration et placé sous le signe de la montée en puissance du Rassemblement national, qui a imposé dans cette séquence parlementaire horrifique ses thématiques et son agenda. Mais rien n’aurait pu entamer la combativité ni atteindre la dignité collective des grévistes. Au contraire, ils et elles sont le vivant démenti des clichés racornis répétés à l’unisson par l’aile réactionnaire de la macronie, de la droite et de l’extrême droite. Intérimaires travaillant dans le bâtiment, le nettoyage, le tri des déchets, la logistique, ils et elles refusent de continuer à être surexploité·es par des sociétés d’intérim qui les font travailler dans des conditions inacceptables.

Occupations, envahissements, rassemblements… une multitude d’initiatives

Pour peser sur des patrons récalcitrants, diverses actions ont eu lieu. Rassemblements revendicatifs et envahissement du patronat de l’intérim, rassemblement devant le Sénat ainsi que devant l’Assemblée nationale afin d’interpeller les député·es et sénateur·trices pour qu’ils et elles soutiennent leur lutte et se prononcent contre la loi « Asile, immigration ». Les grévistes et d’ancien·nes travailleur·ses désormais régularisé·es avec l’aide de la CGT ont participé, nombreuses et nombreux, à la manifestation contre ce projet de loi le 21 janvier.

Plusieurs rassemblements ont également été organisés devant la DGEF (Direction générale des étrangers en France). Des rendez-vous ont été demandés au ministère de l’Intérieur dans le but d’obtenir une réponse précise et complète, enclencher un processus de régularisation et acter la reprise du travail. Après une première réunion le 2 novembre puis une deuxième le 26 du même mois, le ministère de l’Intérieur a joué les abonnés absents, sans doute trop occupé par l’adoption de sa loi inique sur l’immigration rédigée sous la dictée des marchands de haine qui rêvent d’imposer à la France leur projet de « préférence nationale » et qui sera votée grâce aux voix de la droite la plus dure et de l’extrême droite. Son contenu, amendé par la droite sénatoriale, reprend les principales propositions du Rassemblement national et remet en cause nos principes républicains. Une loi au service du capital, qui vise à une précarisation croissante des travailleurs et travailleuses étranger·es, tire ainsi l’ensemble des droits des travailleurs et travailleuses vers le bas et contribue au dumping social.

Enfin la victoire après quatre mois d’une lutte exemplaire

Ce n’est que le 29 février, après de multiples interpellations, que la CGT, représentée par Sophie Binet et Gérard Ré, fut enfin reçue par Gérald Darmanin et obtint l’ouverture d’un processus de régularisation de l’ensemble des travailleurs et travailleuses sans papiers en grève. Le ministre s’est ainsi engagé à donner consigne aux préfectures de régulariser les cinq cent deux travailleurs et travailleuses sans papiers franciliens, la plupart intérimaires, en grève depuis le 17 octobre. Le ministre s’est également engagé à donner consigne aux Drieets (Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) d’ordonner la réintégration de tou·tes les grévistes alors que certains employeurs foulent aux pieds le droit de grève. En effet, alors que les employeurs s’étaient engagés, lors de la signature du protocole de fin de conflit, à faire de nouveau travailler les grévistes dès qu’ils auraient une convocation en préfecture les autorisant à travailler, certaines entreprises ont fui leurs responsabilités en refusant de fournir du travail aux grévistes.

Force est de constater aussi des pratiques différenciées au sein des préfectures, nécessitant de la part de la CGT de veiller à ce qu’un cadrage ministériel garantisse l’égalité de traitement et d’instruction des dossiers des grévistes. La CGT a de surcroît décidé d’interpeller le ministère du Travail afin que les engagements pris soient respectés. Elle a également interpellé une nouvelle fois le ministère de l’Intérieur à propos des grévistes qui ne disposent toujours pas de documents permettant leur régularisation. Les engagements pris doivent être tenus, que ce soit par les patrons ou par les différents ministères afin que l’ensemble des grévistes soient enfin régularisé·es.

Avec la CGT, les travailleurs et travailleuses en grève ne lâcheront rien et continueront à mener des actions, à interpeller à tous les niveaux, pour qu’aucun·e gréviste ne puisse être laissé·e sur le bas-côté et que toutes et tous puissent reprendre le travail dans des conditions dignes. La CGT continuera sans relâche de revendiquer la régularisation automatique des travailleurs et travailleuses sans papiers sur la simple base de la relation de travail. Ils et elles bossent ici, ils et elles vivent ici, ils et elles restent ici.