Réorganisation chez Orange France, grève chez Free, délocalisation chez Bouygues Télécom et inquiétude des salarié·s d’Altice France : le climat se tend au sein des quatre grands opérateurs.

Le secteur des télécommunications traverse une phase critique, marquée par des signaux alarmants chez l’ensemble des grands opérateurs. À SFR, la situation financière catastrophique résulte directement de décisions purement spéculatives, opérées au mépris des salarié·es. Alors que les rumeurs de fusion ou de consolidation entre opérateurs se multiplient, aucune concertation publique n’est engagée, aucun encadrement social n’est prévu. Dans ce contexte, les salarié·es – pourtant moteurs du secteur – deviennent la variable d’ajustement de choix stratégiques guidés par la seule logique financière.

La récente annonce de la mise en vente de SFR par Altice n’est pas un simple épisode boursier, c’est un signal d’alarme. Cette restructuration ne dit pas son nom, mais elle est bien réelle. Une réunion a d’ailleurs eu lieu avec les syndicats départementaux et les UD du 75 et du 92, au cours de laquelle il a été décidé, par exemple, d’un plan de travail commun pour s’implanter à SFR sur Balard. Chez Orange, où le projet Regain vise à redéfinir en profondeur les structures de l’entreprise, un tract a été mis à disposition afin d’organiser un déploiement. Chez Bouygues Télécom, c’est un plan de suppressions d’emploi déguisé avec délocalisation des activités. Une distribution de tracts a été organisée devant le siège de Bouygues et devant la poste mobile, qui sera renouvelée à la rentrée, avec pour but de s’implanter dans les entreprises. Chez Free, des tensions grandissantes remontent suite à des attaques contre les conditions de travail et la remise en cause du télétravail et une mobilisation des salariés a été enclenchée.

Climat social sous tension

La CGT dénonce une offensive patronale coordonnée, en anticipation d’une consolidation du secteur qui fait fi de l’intérêt général et des droits des travailleur·ses, et des profits massifs au seul bénéfice de la finance. Malgré les discours alarmistes sur une « baisse de croissance », les opérateurs génèrent ensemble plus de quinze milliards d’euros de marge chaque année. Orange a reversé l’intégralité de ses bénéfices (2,5 Mds €) à ses actionnaires. Bouygues Télécom a augmenté ses dividendes de 5,3 %, poursuivant trente années de redistribution continue. Pendant ce temps, les salaires stagnent, les investissements se font attendre et les conditions de travail se dégradent.

Un secteur stratégique livré aux logiques spéculatives

Classées comme entreprises d’importance vitale par la Loi de programmation militaire, les télécoms sont évidemment essentielles à la souveraineté numérique, à l’accès aux services publics et au lien social. Pourtant, elles sont aujourd’hui abandonnées aux marchés financiers et aux fonds spéculatifs, mettant en péril l’avenir de ce secteur stratégique. L’opérateur historique Orange (anciennement France Télécom, et plus anciennement PTT) va même de plus en plus loin. Le 17 juin, la direction d’Orange a envoyé aux syndicats les grandes lignes d’un chantier visant à réviser de manière significative l’organisation de l’opérateur en France. Quarante-sept mille emplois sont concernés. Derrière la rhétorique de « simplification organisationnelle » se dissimule une violence sociale sourde, une réduction masquée des effectifs, une centralisation croissante, et des risques majeurs pour les conditions de travail. Quant à l’intérêt général, ce n’est pas la préoccupation des opérateurs, comme en témoignent les nombreux problèmes de raccordements et les dysfonctionnements incessants d’Internet et de mobiles. Tout le monde se souvient de la panne des services d’urgence en juin 2021, qui avait mis à l’arrêt des services vitaux.

Les contre-propositions de la CGT

À l’inverse de ce vol organisé contraire à l’intérêt général, la CGT propose : l’appropriation publique et démocratique du secteur, avec une maîtrise nationale des réseaux ; la création d’un véritable service public des télécoms, garantissant l’accès universel à un réseau de qualité, sécurisé, durable et équitable ; une gouvernance démocratique associant salarié·es et collectivités locales ; la mise en place d’un statut du travail salarié commun, garant de droits sociaux élevés pour toutes et tous ; le lancement d’un plan massif d’investissements publics.

Face à l’urgence, la CGT lance un appel à l’unité des salarié·es de l’ensemble du secteur – maison mère, filiales, prestataires, sous-traitants – et se mobilise pour informer les salarié·es. Cette attaque menée parallèlement à la réforme de l’audiovisuel public doit interpeller l’ensemble des citoyen·nes et des salarié·es du secteur.