Allocution de l’UD CGT Paris

Mesdames et Messieurs,

Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades,

Nous sommes rassemblés pour commémorer la libération de la Bourse du travail, un moment décisif de la bataille pour la libération de Paris du joug nazi. C’était il y a 81 ans. Plus que jamais, il convient de se souvenir du courage inouï et de l’œuvre immense de ces milliers de travailleuses et de travailleurs qui se sont dressés contre la barbarie nazie pour imposer leur volonté d’une société plus juste.

Le premier ministre envisage de supprimer le jour férié du 8 mai, journée de commémoration de la victoire contre le nazisme : quelle honte !

En août 1944, quand des citoyens ont distribué des tracts, exécuté des sabotages, se sont mis en grève, ont manifesté ou pris les armes, l’effroyable machine de guerre nazie était, certes, sur le recul : mais elle restait toujours redoutable et ses instruments de répression, de terreur et d’extermination tournaient encore à plein. Pourtant, en toute connaissance de cause, ils ont choisi de prendre les armes pour prendre leur destin en main.

Rappelons aussi à notre mémoire ces milliers d’étrangers qui avaient fui leurs pays pour des raisons économiques et politiques et qui se sont engagés dans la Résistance, tels les combattants de l’Affiche rouge. Ils étaient Arméniens, Juifs de l’Europe de l’Est, Hongrois, Espagnols, Italiens, étrangers de tous horizons. Ils ont donné leur vie pour défendre leurs idéaux et leur pays d’adoption.

Cette marche vers la liberté n’aurait pas été possible sans la constitution du Conseil National de la Résistance à Paris, le 27 mai 1943 et l’adoption de son programme le 15 mars 1944. Fort de l’attachement à des valeurs et des idéaux démocratiques communs, une multitude d’organisations d’horizons divers ont dépassé leurs différences, se sont unis pour constituer le CNR.

Il y a 81 ans, le peuple parisien s’est libéré et a pris son avenir en main. Dans la lignée des traditions révolutionnaires et insurrectionnelles de 1848 et de la Commune de Paris, le Comité Parisien de la Libération a été le maître d’œuvre de l’insurrection de l’été 1944 qui a conduit à La Libération, le 19 août de la Bourse du Travail.

Après la défaite allemande de Stalingrad, le débarquement allié, le 6 juin 1944 a suscité un élan et créé l’espoir de la délivrance. Par la suite, dès les premiers jours de juillet ont lieu des manifestations spontanées. A la veille de la fête nationale, le Comité Parisien de la Libération et le CNR appellent la population à une très forte mobilisation à laquelle les Parisiens ont répondu présent. 600 barricades furent érigées dans les quartiers Est et Nord de Paris.

  • Le 10 août 1944 est lancé un mot d’ordre de grève générale sur l’ensemble des établissements ferroviaires de la région parisienne.
  • Le 11 août au soir la grève est effective partout chez les cheminots. Tout le système ferroviaire se trouve alors entre les mains de la Résistance cheminote.
  • Le 14 août, trois mouvements de la police réunis en présence du Colonel Rol-Tanguy ont décidé de la grève. 2000 policiers s’emparent de la Préfecture de police.
  • Le 15 août, les agents des PTT sont appelés à faire grève. Celle-ci se propage ensuite à d’autres corps de métiers, métro, gaz, métallurgie… Les conditions sont alors réunies pour le lancement de la grève insurrectionnelle du 18 août 1944, appel lancé par les dirigeants du Comité Parisien de la Libération, parmi lesquels on peut citer André Carrel et André Tollet.
  • Le 19 août la Bourse du Travail est libérée.
  • Le lendemain le personnel de l’AP-HP libère le siège de l’administration centrale occupé par les nazis.
  • Le 25 août Paris est libérée. Ainsi prennent fin quatre années d’humiliation, d’occupation de souffrance et de terreur.

Les Résistants avaient à cœur non seulement d’en finir avec la guerre, de libérer le pays de l’occupation mais également de faire surgir un monde meilleur. C’est tout le sens du programme du CNR. L’insurrection a donc permis l’installation d’un gouvernement qui avait pour tâche d’appliquer ce programme. La liste des principales décisions prises à cette époque est impressionnante :

  • Janvier 1945 : Statut de la Fonction Publique et nationalisation de Renault
  • Février : Ordonnance sur les CE et les retraites
  • Mars : Ordonnance sur la presse, mise en place de l’école primaire unique
  • Avril : les femmes votent pour la première fois ; mise en place des grilles de salaires, avec le point 100 de base dans tous les statuts et Conventions Collectives
  • Mai : Ordonnance sur la représentativité syndicale
  • Juin : Généralisation des retraites pour les « vieux travailleurs » (disait-on à l’époque), blocage des prix
  • Juillet : Ordonnance sur la culture, ordonnance sur les musées, et la lecture (bibliothèque de prêt)
  • Août : Épuration économique (mise sous séquestre des biens des patrons collaborateurs)
  • Septembre : Ordonnance sur le droit au logement
  • Octobre : Instauration de la Sécurité Sociale
  • Novembre : Instauration d’une Protection Maternelle et Infantile généralisée
  • Décembre : Nationalisation du système bancaire et du crédit.

Ambroise Croizat, ministre communiste, fonda l’assurance maladie, le système des retraites, les allocations familiales et améliora le droit du travail français. Par une ordonnance du 4 octobre 1945, il lança la mise en place et l’organisation administrative de son projet de sécurité sociale.

Croizat a conçu ses lois en mai et juin 1946 et créé les 138 caisses permettant leur fonctionnement. La vitalité démocratique dans la mise en place et dans la gestion de ces caisses est essentiellement due à l’engagement de toute la CGT, telle qu’elle était en 1946 et 1947. Mort prématurément à l’âge de cinquante ans, en 1951, Croizat eut un enterrement digne de Victor Hugo : un million de personnes l’ont accompagné au Père Lachaise !

Cette année nous célébrons les 80 ans de la sécurité sociale. Au-delà des rappels historiques auxquels nous sommes très attachés, pour comprendre la genèse de la Sécu et les attaques qu’elle a subies pendant des décennies, nous voulons imprimer à cet anniversaire un caractère combatif.

Il y a six semaines, le 15 juillet, après les annonces du 1er ministre Bayrou, la CGT dénonçait le gel des prestations sociales, les coupes budgétaires dans la fonction publique, la suppression de deux jours fériés, le déremboursement de consultations médicales et de médicaments, la suppression de 3000 postes d’agents de la fonction publique et de nombreuses agences de l’État, une intention de privatiser, la contre-réforme de l’assurance chômage, un nouveau projet de loi pour faire reculer le droit du travail, la remise en cause de la 5e semaine de congés payés.

A la suite, l’intersyndicale CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, UNSA, Solidaires, FSU lançait une pétition nationale « Budget : les sacrifices pour le monde du travail, ça suffit ! ».

Ces dernières années, les cadeaux aux entreprises et aux fortunés n’ont cessé de croitre. Les choix capitalistes détruisent nos vies et notre planète. Mais l’argent existe pour satisfaire les revendications sociales : retraites à 60 ans, augmentation du SMIC, 32 heures, un logement digne, la défense et la relocalisation des emplois, la santé et la sécurité des travailleurs.ses, les services publics de proximité, …

Tout cela, nous savons le dire à François Bayrou, dont les jours à Matignon semblent comptés, et dans les mobilisations des semaines à venir. Le 10 septembre est déjà dans l’agenda, mais nous savons qu’il faudra mobiliser au-delà. Un an après les élections législatives, 8 mois après la chute du gouvernement Barnier, la Macronie est très fragile. L’annonce de François Bayrou, hier, d’activer l’article 49.1, le 8 septembre, ouvre une période d’incertitudes. La réactivité du syndicalisme sera essentielle !

Lorsque nous évoquons la Libération de la Bourse du travail de Paris le 19 août 1944, nous parlons de sa reprise en main par les syndicats dissous le 16 août 1940 (CGT et CFTC), la Bourse ayant été occupée jusqu’à la Libération par les pseudo syndicats engagés dans la charte du travail pétainiste.

Aujourd’hui comme hier, soyons lucides. Le patronat était allé, très largement, jusqu’à collaborer avec l’occupant nazi ; il n’a pas changé de nature. Il est prêt à tout pour élever ou maintenir son taux de profit, y compris les coups d’état et les guerres. Et pour les actionnaires, tout va bien, avec des dividendes en hausse.

En 2024, la France est devenue le deuxième pays exportateur d’armes dans le monde, avec de fortes exportations vers l’Inde, la Grèce, les pétromonarchies, l’Indonésie, le Brésil, la Croatie, la Serbie  Le capitalisme, c’est la guerre, toutes les guerres, dont celle

menée en Ukraine par Poutine, pour asseoir des dominations impérialistes, pour accaparer des territoires, des ressources naturelles et des infrastructures.

Refuser l’impérialisme et le colonialisme, c’est condamner le génocide en cours à Gaza, commis par l’État israélien. Nous condamnons la famine, les crimes de guerres, les crimes contre l’humanité, le génocide qui se déroule sous les yeux impuissants, faute de volonté politique, de la communauté internationale. La prochaine manifestation de soutien au peuple palestinien, à laquelle nous appelons, aura lieu le samedi 6 septembre.

Nous exigeons le retrait des troupes russes d’Ukraine et un cessez-le-feu immédiat à Gaza. Nous revendiquons en tout lieu le respect du droit international. Ces mots, nous les prononçons 111 ans après l’assassinat de Jaurès et le début de la 1ère guerre mondiale. Nous nous inscrivons donc dans un long processus historique de lutte pour la paix. Le 21 septembre, des organisations invitent à se mobiliser à Paris, dans le cadre de la journée internationale de la Paix.

Nous parlerons de la terreur nucléaire déclenchée au Japon il y a 80 ans. Une délégation de la CGT s’est rendue à Hiroshima et à Nagasaki cet été pour se souvenir, aux côtés de nos camarades syndicalistes japonais et des prix Nobel de la paix 2024, des victimes du feu nucléaire déclenché par les Etats-Unis en août 1945. Œuvrer pour la paix, c’est défendre une société juste et solidaire. C’est défendre le droit international, c’est mettre en œuvre le traité de non-prolifération des armes nucléaires, mais aussi le traité d’interdiction.

En nous réunissant ici aujourd’hui, nous montrons notre fidélité au courage, à l’engagement et aux conquêtes des résistants parisiens. Nous voulons être fidèles à leur œuvre en poursuivant dans cette volonté de résister au libéralisme tout puissant qui détruit les droits des travailleurs, à l’autoritarisme et à la répression qui veut les empêcher de s’organiser et de résister, à la xénophobie, au racisme et au machisme qui les divisent.

Nous voulons intensifier notre lutte contre l’extrême-droite, véritable imposture sociale qui s’appuie sur des théories inégalitaires et xénophobes ; et qui, toujours, soutient le capitalisme. Nous voulons être fidèles aux résistants parisiens en luttant pour un monde toujours plus juste, plus égalitaire, plus démocratique et plus solidaire.

Tel était le combat de celles et ceux que nous honorons aujourd’hui. Ils et elles ont su affronter les situations nouvelles et y trouver des réponses. Tel est le combat qu’il nous appartient de poursuivre et de mener dans les tous prochains jours, avec une rentrée sociale résolument offensive !

Alors, retroussons nos manches et organisons la riposte ! Vive la Bourse du travail !

Vive la Bourse centrale et cette magnifique salle Croizat !

Vive l’annexe Turbigo qu’il a fallu défendre, avec succès, dans l’unité, face au projet de fermeture voulue par le maire de Paris-centre !

Vive l’annexe Varlin !

Vive la lutte revendicative ! Merci de votre attention.