Le Comité général de l’UD a tenu séance le 3 juin dernier dans la salle Hénaff. La dernière avant le prochain congrès, qui aura lieu début 2026 et qui mettra à l’ordre du jour un débat sur la restructuration de la CGT parisienne. Tout un programme.
En ouverture de ce Comité général de l’UD, un hommage rempli d’émotion a été rendu, au nom de l’Usap CGT, du syndicat CGT de l’hôpital Bicêtre, de la mutuelle complémentaire 602, de la Fédération santé action sociale, de l’UD de Paris, de la Confédération et de tous ses camarades et ami-es, à Céline, aide-soignante de formation et militante généreuse, décédée sous les coups de son mari et père de ses enfants le 9 mai 2025*. C’était pour cette année le vingt-huitième féminicide d’une liste qui ne s’arrête malheureusement pas là. Nathalie Marchand, de l’Usap CGT, a rappelé que le terme de féminicide n’est toujours pas reconnu dans le code pénal français et que la CGT appelle à l’adoption d’une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, à l’instar de la Belgique et de l’Espagne, qui ont légiféré.
Le prochain congrès en point de mire
Puis Benoît Martin, secrétaire général de l’UD, a annoncé la convocation au 22e Congrès de l’UD, qui se déroulera les 10, 11 et 12 février 2026 dans cette même salle Hénaff. Conformément aux statuts, il a demandé au Comité général d’approuver cette convocation ainsi que son ordre du jour, qui comportera les quatre points obligatoires que sont le rapport d’activité et son vote, le document d’orientation et son vote, le rapport financier et son vote, ainsi que l’élection de la CE et de la CFC. Le secrétaire général de l’UD propose l’ajout de deux points particuliers : des modifications statutaires (un groupe de travail de l’UD œuvre en ce moment à élaborer des propositions en vue de sécuriser les statuts et de les rendre plus en phase avec l’activité de l’UD) et la radiation de deux syndicats de l’Hôtel-Dieu : le syndicat CGT et le syndicat MICT-CGT. Le Comité général de l’UD du 19 mars 2024 avait voté la suspension de ces deux syndicats après que la Fédération de la santé et de l’action sociale avait procédé, lors de son CNF du 15 septembre 2023, à leur dissolution, en raison de violences, menaces et insultes entre camarades. La CGT est en cours de reconstruction à l’Hôtel-Dieu avec l’appui de l’Usap. Cela permettra de mener la bataille contre la transformation d’un lieu public (et site historique) dédié aux soins en bâtiment pour start-ups lucratives, d’être en ordre de marche pour les élections professionnelles fin 2026, et de reprendre place dans le Collectif plomb de Notre-Dame. Benoît Martin apporte également les précisions suivantes : les documents préparatoires seront envoyés au moins un mois à l’avance ; la prise en compte des mandats s’effectuera sur la base des cotisations payées à Cogetise au moins deux mois avant l’ouverture du congrès ; l’appel à candidatures à la CE et à la CFC se fera au moins un mois avant le congrès ; la date limite de retour pour les candidatures est fixée à deux semaines avant le congrès.
Le grand sujet de la matinée – la structuration CGT des professions à Paris – a ensuite été abordé, avec une introduction de Nicolas Bouchouicha, qui a d’abord constaté que l’écart se creuse légèrement entre la CFDT et la CGT, alors que la CGT a une image largement positive. À cela des raisons diverses, mais surtout le fait que de très nombreux·ses travailleur·es n’ont pas de contact avec la CGT du fait des évolutions du salariat. Par exemple, on a comptabilisé plus de huit cents nouvelles adhésions en 2023 comme en 2024, mais qui proviennent pour beaucoup de secteurs faiblement structurés. On en est resté à l’un des conquis de Mai 68, à savoir le syndicat d’entreprise, or, comme son nom l’indique, ce syndicat embrasse l’entreprise, pas la profession. Le capitalisme, par la multiplication des PME, la sous-traitance, l’autoentrepreneuriat et les externalisations, a atomisé l’entreprise, qui ne constitue plus une communauté de travail. Le modèle du syndicat d’entreprise n’est donc plus pertinent. Il faut envisager des syndicats territoriaux pour embrasser toute la chaîne de production et créer ainsi un réel rapport de force, projet à discuter dans les UL et les syndicats.
L’efficacité comme boussole
Une idée qui fait déjà son chemin si l’on en juge par les interventions des délégués au Comité général. Laurent Zagorac (Télécoms Paris) explique que se lier avec les bureaux d’étude et la Banque postale éviterait par exemple les conventions collectives moins-disantes. Didier Lourdez rappelle que la Filpac fonctionne déjà comme un syndicat d’industrie. Rémi Frey, lui, déplore que l’US Commerce de Paris ne soit pas reconnue par la fédération alors qu’elle l’est par l’UD, et souligne son utilité quand on sait que dans certains grands magasins, des rayons sont tenus par des employé·es de la sous-traitance. Adèle Tellez, pour l’UL 19, informe que, dans les aides à la personne, des femmes veulent se syndiquer mais qu’on ne sait pas les organiser. Fred Érard, pour l’UL 12, déplore qu’un quart des syndiqués sont des isolés, sans structure, ce qui n’est ni efficace ni démocratique. Guillaume Goutte, pour le Syndicat général du livre et de la communication écrite, explique que son syndicat des correcteurs, n’ayant plus que 65 adhérents, s’est fondu dans le SGLCE (2 000 adhérents) pour plus d’efficacité. Et Arnaud Cora (éducation) pose la question d’une « CGT interscolaire ». Comme pour mettre un bémol à cet unisson, le représentant de la confédération, Pascal Fournet, a déclaré qu’il ne s’agissait pas de défaire l’existant, que les syndicats territoriaux ne régleront pas le non-investissement dans l’entreprise et la connexion avec les UL.
Pour terminer, Nicolas Bouchouicha a salué la richesse des échanges et des expériences partagées, a annoncé que l’UD va proposer aux précaires la création d’un syndicat territorial et, évoquant les bureaux d’étude, a demandé s’il était préférable d’avoir cent cinquante syndicats comptant chacun trois adhérents ou un seul syndicat de quatre cent cinquante adhérents.
Batailler contre l’idéologie de l’extrême droite
L’après-midi, Adèle Tellez a introduit le débat sur l’actualité en évoquant un monde de plus en plus autoritaire, avec des extrêmes droites au pouvoir ou à ses portes dans de nombreux autres pays et une quarantaine de conflits armés en cours, notamment en Ukraine et contre le peuple palestinien. Dans la phase actuelle, il s’agit d’un génocide, et le Comité général proposera de voter une résolution sur la Palestine (voir encadré).
« Dans notre notre ville-capitale, a poursuivi Adèle Tellez, se croisent les plus riches et les plus exploité·es. Nous faisons des efforts d’accueil et d’organisation des cadres des start-ups parisiennes, et la création du syndicat des sociétés d’études de Paris, est une excellente nouvelle pour réunir aussi ces pans-là au sein de la CGT. Mais, dans notre classe, il y a aussi les plus exploité·es, qui sont sans conteste les travailleuses et les travailleurs étranger·es, notamment sans papiers. »
Santé, BTP, restauration, nettoyage, soins à la personne, logistique, les travailleur·es immigré·es sont essentiel·les. Pourtant, ils et elles sont la cible d’une idéologie raciste, incarnée aujourd’hui par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et demain par d’autres. Aujourd’hui, l’UD, accompagne des victimes de traite des êtres humains, des victimes de marchands de sommeil, des victimes de violences physiques également. Cette situation crée également du dumping social dans toute notre classe. C’est une méthode de « délocalisation sur place », qui abaisse les salaires et les conditions de travail de manière globale. Contre cela, il y a un combat à mener de manière solidaire, qui est aussi un combat collectif de classe. Raison pour laquelle l’UD a appelé à un rassemblement la 4 juin avec la CFDT, FO, la FSU et Solidaires au niveau parisien, auquel se joignent l’Urif, plusieurs fédérations et plusieurs UD.
« La montée de l’extrême-droite n’est pas un phénomène naturel, elle est le produit d’un climat entretenu. L’extrême-droite s’implante dans les milieux populaires. Elle sait parler à la colère, récupère le sentiment d’abandon et le retourne contre les plus faibles. C’est pourquoi nous devons nous battre pied à pied sur le terrain idéologique, dans les entreprises comme dans les quartiers. »
Redonner des perspectives
L’UD a déployé une forte activité contre l’extrême droite : initiative autour des 90 ans de février 1934, journées de sensibilisation dans les structures, village antifasciste, etc. « Les prises de position de la CGT ont eu un effet mesurable sur les résultats des législatives. Pour autant le danger n’est pas écarté et il faut continuer d’outiller nos militant·es pour aller au débat avec les salarié·es », avec un programme de formation spécifique et des initiatives unitaires de mobilisation, comme récemment le Village antifasciste, renforcement de l’équipe ALS.
Adèle Tellez a évoqué aussi « l’absence de perspectives positives pour notre camp social. Cela se nourrit de nos défaites successives, mais nous avons aussi des victoires. Notre rôle est de réarmer notre camp, politiquement, syndicalement, culturellement, en redonnant aux salarié·es des perspectives pour une société juste et égalitaire. » Avant de rappeler les 80 ans de la Sécu et la brochure qu’a réalisée l’USR de Paris. Mais une Sécu qu’on détricote, qu’on vide de son sens. On augmente les franchises médicales. On pousse vers les complémentaires privées.
« Face à cela, nos réponses sont souvent d’ampleur, comme cela a été le cas pendant le mouvement de 2023 contre la réforme des retraites, mais, bien qu’il ait été important par la taille de ses manifestations, sa longueur, son arc intersyndical maintenu intact et sa créativité, il lui a manqué l’ancrage de la grève sur les lieux de travail. Et ceci est à relier à nos difficultés d’implantation. »
Après cette introduction aux débats portant sur l’actualité, plusieurs camarades sont intervenu·es.
Adèle Tellez (UL du 19) informe que la campagne sur le boycott des produits israéliens en coopération avec BDS se poursuit. Par ailleurs, devant le serpent de mer du calendrier des mobilisations, elle estime qu’il faut davantage ancrer les luttes dans les entreprises.
Dans son allocution de clôture, Benoît Martin, après les remerciements d’usage, le rappel de certains rendez-vous (y compris festifs) et des deux résolutions votées par le Comité général (voir encadrés), a insisté sur la structuration de la CGT à Paris (« L’expression “syndiqué isolé” est oxymore, on se syndique pour ne pas être isolé ») et l’investissement dans les UL. Mais aussi sur la question unitaire, à l’ordre du jour du CCN : « Nous devrons ouvrir des perspectives pour les mois qui viennent. Comment passer d’une réelle conflictualité faite de luttes locales et sectorielles, notamment celles que vous avez portées dans le débat (hôtels, Apave, maintenance industrie, culture…) à des luttes nationales interprofessionnelles unitaires ? Le CCN en discutera. » Avant de conclure par ces mots : « C’est mon dernier Comité général en tant que secrétaire général de l’UD. Sachez que je suis très confiant pour l’avenir de l’UD. »
Voie les résolution sur la structuration professionnelle de la CGT Paris et Stopper d’urgence le génocide à Gaza