Nous sommes dans une période où le droit international se fracasse sur plusieurs fronts –Palestine, Ukraine, Soudan, Venezuela… –, nous conduisant à des lendemains incertains. Les résolutions de l’Onu sont, selon les époques, plus ou moins bonnes, plus ou moins appliquées, car le droit international est aussi une question de rapport de force. Mais aujourd’hui, c’est la loi du plus fort qui l’emporte.
L’OIT (Organisation internationale du travail) a vu le jour en 1919. Elle réunissait, à ce moment-là, les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs de seulement neuf pays. La convention n° 1 de l’OIT portait sur la journée de huit heures, revendication déjà historique du mouvement ouvrier international. En 1919 toujours, la création de la SDN (Société des nations) était en gestation. Fondée en 1920, elle regroupait à l’origine quarante-cinq pays, afin de prévenir les guerres et de résoudre les conflits par la négociation. Puis vinrent la montée des périls et la Seconde Guerre mondiale. La SDN avait échoué.
Beaux principes et massacres
Le 10 mai 1944, la Conférence générale de l’OIT se réunit et adopte la Déclaration de Philadelphie, qui redéfinit les buts et objectifs de l’OIT. C’est le premier texte à portée universelle qui fait le lien entre la paix et les questions économiques et sociales. L’année suivante, le 26 juin 1945, la Charte des nations unies voit le jour à San Francisco. Le premier chapitre de cette charte, « Buts et principes », est une ambition utopique belle à couper le souffle. La culture de la paix, l’amitié, l’égalité souveraine, les droits humains et la coopération en sont les idées fortes. Six semaines plus tard, les États-Unis faisaient régner la terreur nucléaire sur Hiroshima et Nagasaki. Quant aux sept semaines qui ont précédé le 26 juin 1945, ce fut une séquence durant laquelle la France massacrait des dizaines de milliers d’Algérien·nes à Sétif, Guelma et Kherrata.
On le voit, les beaux principes n’empêchent pas les États de terroriser, de persécuter et de massacrer des populations. En ce début 2026, peut-on dire que le bilan de l’Onu est nul quand on sait que deux cent dix conflits armés se sont déroulés depuis 1945 ? Oui si l’on constate les échecs diplomatiques dont résultent ces guerres. Non si l’on considère que l’Onu a permis de mettre fin à plusieurs guerres. Non si l’on constate que les conflits n’ont pour l’instant pas dégénéré en troisième guerre mondiale. Non si l’on fait le bilan positif du travail de nombreuses organisations internationales : OIT, OMS, Unesco, Giec, etc.
Les textes… et leur application
Dans le concert des nations, la CSI (Confédération syndicale internationale) maintient toutefois un espoir en instaurant un rapport de force dans l’OIT et en se positionnant très correctement, par exemple sur l’Ukraine, sur la Palestine, le Venezuela ou encore l’Iran. Mais le droit international est bafoué et les conflits continuent de réduire des populations à la misère et à l’exil, victimes de la haine et du fanatisme. De nombreux textes, traités et conventions existent. Il est primordial d’exiger leur application effective. Les violations du droit international sont condamnables moralement, politiquement, juridiquement. Les décisions de la Cour pénale internationale et de la Cour internationale de justice sont en principe contraignantes, mais Netanyahou, en état d’arrestation, continue de diriger en toute liberté le gouvernement qui a décidé du génocide des Gazaouis.
En finir avec l’Otan
La revendication ancienne de la CGT de la sortie de la France de l’Otan prend une tournure particulière avec l’hypothèse d’une agression militaire du Groenland par les États-Unis, les pays de l’Otan étant censés ne pas s’agresser entre eux. Alors, oui, il faut en finir avec cet Otan, dont on ne comprend même plus le sens. Mais ce n’est pas tout. Pour redonner du souffle aux principes du droit international, la France devrait exiger une réforme profonde du système des Nations unies, avec notamment un Conseil de sécurité qui prenne en compte le poids démographique de l’Afrique, de l’Asie, de l’Amérique latine, ainsi que la suppression du droit de veto en son sein. Enfin, pour empêcher de nouveaux Hiroshima, la CGT doit amplifier sa participation à la campagne pour la ratification par la France du Tian (Traité d’interdiction des armes nucléaires), qui est entré en vigueur le 22 janvier 2021, il y a tout juste cinq ans.