Alors que la répression syndicale atteint un niveau inédit, la CGT a lancé sa campagne pour les libertés syndicales par un meeting revendicatif et festif à Montreuil le 4 février. Le travail syndical de recensement entrepris en amont se poursuit au lendemain du meeting, s’inscrivant dans une large campagne revendicative en faveur des libertés syndicales.

Plus de deux mille personnes se sont réunies pendant trois heures dans le patio Georges-Séguy à l’occasion du meeting de la CGT, sans compter les internautes qui l’ont suivi en direct sur cgt.fr. Les camarades adhérent·es, mais aussi cinq cents sympathisant·es, ami·es et allié·es ont répondu présent·e. La soirée était animée par Guillaume Meurice, qui a mis en scène prises de parole, séquences humoristiques et musique. D’entrée de jeu, une ambiance s’est instaurée : rire ensemble, c’est politique, c’est déjà refuser de se soumettre !

“Personne ne fera taire la CGT et le mouvement social”

Le rôle central de la CGT dans la sphère des contre-pouvoirs ne s’est pas démenti en réussissant à rassembler ce jour-là Jacques Toubon, ancien garde des Sceaux et Défenseur des droits, Monique Pinçon-Charlot, sociologue et militante, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, la LDH, le président de la CFE-CGC, le secrétaire général de la CSI, Florence Mendez, le Roi Borgne, Margot Demeurasse, Mathilde Larrère, les Goguettes ou encore Gauvain Sers, et en messages vidéo Marylise Léon, Fabien Gay, Gabriel Zucman et Christiane Taubira.

La soirée a été clôturée par un discours de Sophie Binet. « Personne ne fera taire la CGT et le mouvement social », a martelé notre secrétaire générale. Sa situation est inédite, après avoir justement comparé le patronat à des rats qui quittent le navire. Jamais un secrétaire général n’avait eu droit à une plainte suite à des propos tenus dans la presse pour commenter l’actualité., une plainte émanant de Sophie de Menthon et de l’association Ethic, financée par Pierre-Édouard Stérin, un milliardaire proche de l’extrême droite.

La CGT recense et dénonce

La CGT vient de s’inscrire dans une démarche de name and shame et de « liste noire ». Elle a commencé un recensement à l’échelle nationale, grâce aux remontées des situations par les militant·es. Alors que la totalité des atteintes n’est pas recensée, les chiffres sont déjà plus que parlants : au moins 1 000 militant·es concerné·es, 250 cas de répression patronale, 342 militant·es sous le coup d’une procédure judiciaire, 63 cas de discrimination syndicale, 25 cas d’entrave à l’exercice du droit syndical, 56 cas de pressions, intimidations, agressions, 180 militant·es ou structures CGT concerné·es par des procédures judiciaires, dont 31 placé·es en garde à vue et 22 condamné·es. Plus de 60 bourses du travail sont concernées par des procédures d’expulsion, des menaces de fermeture, des réductions drastiques de surface, des conventions précaires ou des situations d’insalubrité avancée.

L’UD de Paris a participé à ce recensement, en citant notamment l’interdiction d’un rassemblement devant le Conseil constitutionnel en 2023 et la récente lutte victorieuse pour la défense de l’annexe Turbigo de la Bourse du travail de Paris, mettant en échec le maire PS de Paris-centre.

La CGT revendique

La CGT ne fait pas que dénoncer, elle exige et revendique. Le site cgt.fr développe un corpus revendicatif complet. La CGT exige des sanctions rapides, lourdes et réellement dissuasives contre les employeurs qui entravent l’action syndicale ou discriminent des militant·es, le renforcement des droits d’enquête, d’alerte et d’intervention des représentant·es du personnel, des moyens syndicaux opposables : locaux, temps syndical, moyens spécifiques pour mener l’activité syndicale interprofessionnelle, affichage, outils numériques. Elle exige la fin des réquisitions, désignations et assignations abusives, remplacement des grévistes. Elle revendique un droit syndical interprofessionnel d’intervenir dans les entreprises sans représentation, une loi d’amnistie couvrant les faits commis dans le cadre de l’action syndicale, conformément aux recommandations de la CNCDH, une obligation légale de mise à disposition gratuite de locaux syndicaux et la sanctuarisation des bourses du travail. Elle affirme que la liberté de la presse est indissociable de la liberté d’expression et de la liberté syndicale. Elle exige l’interdiction effective des procédures bâillons, conformément aux préconisations de la CNCDH et à la directive européenne anti-SLAPP adoptée le 11 avril 2024. Pour la CGT, défendre les libertés syndicales, la liberté de la presse et la liberté d’expression, c’est défendre ensemble les contre-pouvoirs démocratiques.