Après des travaux qui avaient duré trois ans, de 2018 à 2021, la Colonne de Juillet, place de la Bastille, put accueillir de nouveau des visiteurs, sous le patronage du Centre des monuments nationaux. Une chose que beaucoup de monde ignore, et parfois également ce que représente cette colonne. Visite.
Vous avez tourné autour plus d’une fois, en voiture, en bus ou à vélo, et maintenant à pied. Vous connaissez sans doute le nom donné à la statue dorée qui la surplombe : le Génie de la Liberté, une œuvre du sculpteur Auguste Dumont communément appelée « le génie de la Bastille ». Mais saviez-vous que la colonne de cinquante mètres qui s’élance du centre de la place de la Bastille, lieu emblématique des manifestations et rassemblements parisiens, s’appelle la Colonne de Juillet ? Avec un J majuscule pour célébrer un moment historique. Pas la journée du 14 juillet 1989, simple moment d’une révolution – la première – qui s’étendra sur quatre ans, mais celles des 27, 28 et 29 juillet 1830, qu’on nommera « les Trois Glorieuses » et qui furent le temps de bascule de la deuxième révolution, celle de 1830.
Montée interdite
Comme le Panthéon renferme les sépultures de grandes figures de l’histoire de ce pays, la colonne de Juillet abrite les dépouilles des cinq cent quatre révolutionnaires qui sont morts au combat pour cette nouvelle révolution, après que les puissances étrangères eurent rétabli la monarchie absolue en France, incarnée alors par Charles X, période connue sous le nom de « Restauration », roi ô combien réactionnaire qui déclencha la fureur des Parisien·nes lorsqu’il s’attaqua à la liberté de la presse et au semblant de pouvoir dont ils et elles devaient se contenter (le suffrage censitaire réduit alors à 0,3 le pourcentage des citoyens ayant le droit de voter).
Or, cette Colonne de Juillet, on peut la visiter*. Non, on n’y grimpe pas. Ce qui était permis aux Parisien·nes après sa construction en 1840 ne l’est plus aujourd’hui, pour des raisons de sécurité. Et si le monument a été sérieusement restauré sous Mitterrand, les travaux se sont arrêtés avant la réfection de l’escalier, en trop mauvais état pour autoriser les visiteur·ses à l’emprunter. Si parfois vous apercevez des individus déambuler tout là-haut sous les pieds du « génie », il s’agit des personnels des monuments historiques, qui ont grimpé munis de harnais et de matériels de cordiste. En revanche, on visite le socle, dans lequel on descend pour découvrir le caveau des cinq cent quatre victimes de la répression, dont les noms sont gravés sur la colonne en lettres dorées. Et au-dessus de ce caveau, cette inscription : « À la gloire des citoyens français qui s’armèrent et combattirent pour la défense des libertés publiques dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet 1830. »
De 1830 à 1848
Quelques marches plus bas, en continuant de tourner, on pénètre dans une seconde crypte, où l’on a aussi rassemblé quelque deux cents victimes de la troisième révolution, celle de 1848, le caveau portant l’inscription suivante : « Ici reposent les corps des citoyens français tombés pour l’établissement d’une république démocratique et sociale, les 22, 23, 24 février 1848. » À elles seules, ces deux inscriptions révèlent l’évolution politique dans cette première moitié du dix-neuvième siècle : la liberté en 1830, la république dix-huit ans plus tard.
Le ou la guide ne manquera bien sûr pas de vous rappeler les tenants et les aboutissants de ces moments historiques, une petite révision de notre histoire républicaine que ne fait pas de mal. Auparavant, le départ de la visite se faisant dans la cour de l’hôtel de Sully, on nous aura brièvement raconté son histoire, puis celle de la place des Vosges qui se trouve sur notre parcours avant d’atteindre la place de la Bastille puis d’entrer dans la colonne où, surprise ! à la faveur d’un panneau qu’on entrouvre pour nous, on découvre sous nos pieds que le canal Saint-Martin passe par là.
* Réserver sur colonne-de-juillet.fr. Les samedis et dimanches, à 14 h 30 et 16 h 30. Durée : une heure et demie. Tarif : 13 €. Rendez-vous dix minutes avant dans la cour de l’hôtel de Sully (siège du Centre des monuments nationaux), 62, rue Saint-Antoine.