En 2005, l’écrivain (et cinéaste) Gérard Mordillat publiait un roman passionnant, Les Vivants et les Morts, histoire mouvementée des ouvrier·es d’une usine vouée à fermeture dans le nord de la France, avec ses combats, ses solidarités, ses vies individuelles, sa camaraderie, ses amitiés et ses amours, ses « figures », ses joies et ses peines, au travers de personnages attachants. Un livre qui ne se lisait pas mais qui se dévorait. Et à partir duquel Mordillat lui-même a tourné une série télévisée.
En 2025, Gérard Mordillat nous refait le même coup avec Les Vivants et les Morts, vingt ans après. Les personnages principaux sont toujours là, d’autres, entre-temps, ont disparu ou sont décédés. L’usine qui fabriquait du film plastique pour emballage industriel a laissé place à un immense hangar qui abrite un centre de distribution, concurrent direct d’Amazon, dont le directeur est le fils du leader cégétiste dans le livre précédent. Même cadre, mais autre décor, les amoureux du premier livre sont mariés et ont des enfants dans le second, les reconversions professionnelles se font difficilement ou pas du tout, et ce second volume est aussi passionnant que le premier. Précisons que, cette fois, ce sont essentiellement les femmes qui tiennent les rôles principaux.
La vraie vie, ses rigolades et ses coups durs, toutes choses que l’on sait, que l’on peut ressentir, mais qu’on a tant plaisir à lire, pour mieux comprendre, pour mieux se comprendre. Cinq cents pages, qu’on voudrait compter jusqu’à mille. Chez Calmann-Lévy.