Nous sommes en 1834, sous la jeune Monarchie de Juillet, peu de temps après la révolution de 1830. La France est toujours en ébullition, des émeutes éclatent encore ci et là, comme celle des canuts à Lyon. Le pouvoir réprime durement, de peur qu’une nouvelle vague révolutionnaire ne submerge le pays. De peur, surtout, que Paris bascule à son tour et emporte tout sur son passage. La répression doit être et sera impitoyable. Voilà le contexte historique de l’excellent roman de Jérôme Chantreau, L’Affaire de la rue Transnonain, paru aux éditions La Tribu.
Cette rue parisienne qui n’existe plus (elle correspondrait aujourd’hui à une partie de la rue Beaubourg) abritait un immeuble où, le 14 avril 1834, l’armée de Louis-Philippe massacra hommes et femmes, enfants et vieillards. Selon la thèse officielle, un capitaine d’infanterie aurait été blessé par un coup de feu tiré depuis une fenêtre près d’une barricade de la rue Transnonain – ce qui ne fut jamais été prouvé. En représailles, douze occupants de l’immeuble d’où le tir serait parti sont massacrés, d’autres violentés, dont quatre grièvement. Aucune des victimes n’était armée. Toutes et tous étaient issus de milieux modestes, pour la plupart artisans.
L’affaire Transonain fit alors grand bruit et créa un grand émoi chez les Parisiens et dans tout le pays. On retrouve dans ce roman, solidement étayé de faits historiques, le Paris du xixe siècle, avec sa cohorte d’injustices et de misère. Adolphe Thiers, bien avant le massacre des Communards en 1871, est déjà aux manettes pour défendre à tout prix les intérêts de la bourgeoisie. Ministre de l’Intérieur, il n’hésite pas à inventer des faits pour mieux massacrer le peuple parisien. On y croise par ailleurs des personnages attachants, qui luttent pour leur survie. Portrait saisissant du Paris des années 1830, la sanglante « bavure », dénoncée par Daumier dans une lithographie célèbre fait ici l’objet d’un magnifique roman qu’on n’arrive pas à lâcher.