Quatre heures du matin, le réveil sonne. Vite, une douche et un café. Nadia écoute la radio pour avoir une présence, durant ce moment où elle dresse la table du petit déjeuner pour ses deux enfants. Lalia, la grande, emmènera son petit frère Younès à l’école. Nadia savoure cet instant où elle regarde ses deux enfants endormis avant de partir travailler. Déjà 5 heures. C’est parti ! Vite, ne pas rater le dernier bus Noctilien qui conduit à la station Mairie d’Ivry de la ligne 7 pour embarquer dans le premier métro.
Arrivée à 6 heures dans les services centraux d’un grand ministère, elle salue les agents de sécurité et rejoint ses collègues du nettoyage. Fière d’appartenir à ce qui fut qualifié de première ligne lors du confinement de 2020. Mais aussi, de la fatigue, de l’usure, une vie de dingue pour un salaire si bas. Allez ! pas de temps à perdre. Les premiers agents de la fonction publique arriveront dès 8 heures, la plupart vers 9 heures.
Le charriot est prêt mais il va falloir économiser le produit nettoyant, l’inspectrice n’ayant pas encore renouvelé le stock. Pas si grave. En utilisant moins de produit chimique, Nadia sera moins soumise aux allergies. Le temps passe vite, la cadence est rapide, les corps souffrent.
Il est 10 heures. Le travail du matin est fini. Combien l’administration donneuse d’ordre a-t-elle économisé ce matin en sous-traitant le nettoyage des locaux ? Quel profit les patrons de l’entreprise de nettoyage ont-ils réalisé sur le dos – usé – des travailleuses ? Nadia part déjeuner chez sa sœur, qui habite dans le 10e arrondissement. Quelques démarches administratives à réaliser depuis le smartphone, puis une petite sieste. Car il faudra bientôt attaquer la deuxième séquence de travail.
Direction Saint-Denis. Il est 17 heures. Une grosse boîte du CAC 40 sous-traite le nettoyage. Un second temps partiel pour Nadia. Des salarié·es ont de la considération pour les travailleuses du nettoyage, les saluent et leur facilitent la tâche. Mais d’autres les ignorent. Et puis, on sent du racisme chez certains… Heureusement, le syndicat local CGT prend en compte tou·tes les salarié·es du site, quel que soit leur employeur. C’est cela, la solidarité de classe.
Il est 20 heures, Nadia file chez elle, dans la moiteur et le tumulte des transports en commun. La journée touche à sa fin. Zut ! Younès est déjà endormi.