À la fois esthétique et pédagogique, l’exposition « Migrations et climat. Comment habiter notre monde ? » amène le visiteur à voir, lire, réfléchir, et l’engage à agir. Au Palais de la Porte Dorée, jusqu’au 5 avril 2026.

En raison du climat, et souvent du cumul avec d’autres causes, les êtres vivants migrent. Il s’agit d’une réalité d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs. Nous nous intéresserons surtout aux migrations humaines, mais les animaux aussi partent voir si « l’herbe est plus verte ailleurs ». Le cas des caribous, celui des papillons ou des ours polaires sont expliqués. Les phénomènes climatiques ont conduit les humains à se construire un rapport à la nature initialement mystique, impliquant des rituels lors desquels on dialoguait avec les forces de la nature. Aujourd’hui, on fait appel à la science.

Du passé…

L’exposition revient sur des crises majeures survenues au cours des deux derniers siècles. La grande famine irlandaise au milieu du xixe siècle est due au mildiou, qui a ravagé les récoltes de pommes de terre. La faute à l’humidité ? Pas seulement : la politique agricole imposée par l’Empire britannique y a aussi joué un rôle déterminant. De même, le sort d’ouvriers agricoles dans les années 1930 aux États-Unis était lié à la fois à des phénomènes climatiques (nuages de poussière, sécheresse) et au traitement politique de la migration humaine qui en a suivi. Les Raisins de la colère, célèbre roman paru en 1939, relate le mauvais traitement réservé aux réfugiés climatiques qui avaient migré vers l’ouest.

… à ici et maintenant

En poursuivant la visite, nous sommes plongés dans les réalités contemporaines. Sur place, nous explorons les situations du Soudan du sud, de la Louisiane, du Delta du Mékong et de l’Arctique, autant de réalités spécifiques, autant de crises climatiques. La France est également très vulnérable : dans l’Hexagone, avec par exemple la tempête Xynthia en Vendée, mais aussi en Outre-mer avec le cyclone Chido à Mayotte. En raison du dérèglement climatique causé par les activités économiques de ces dernières décennies, les phénomènes météorologiques extrêmes sont de plus en plus intenses et de plus en plus fréquents. Tout ce qui s’est passé dans l’histoire des migrations climatiques et tout ce qui se passe aujourd’hui dans le monde nous interroge sur la situation ici et maintenant.

“Partir ou se pétrifier ?”

Les phénomènes lents (érosion du littoral, montée des eaux de la mer) et les phénomènes soudains, violents, vont rythmer nos vies. Le nombre et l’ampleur des inondations et des incendies de forêt nous ramènent en permanence à cette réalité. Des questions politiques sont posées au gré de l’exposition du Palais de la Porte Dorée. « Partir ou se pétrifier ? » « Faut-il un statut de réfugié climatique ? » « Peut-on déplacer une capitale ? » Et un très percutant « Que faire ? » Sans négliger les politiques d’atténuation du changement climatique, les politiques d’adaptation sont nécessaires au plus vite. Il s’agit d’éveiller les consciences, d’adapter les activités économiques, de bouger les modes de vie. La migration étant une forme d’adaptation, il s’agira d’accueillir dignement les réfugiés climatiques.

L’expo n’est pas que narrative et interrogative. Elle nous interpelle par écrit en fin de visite : « Engagez-vous ! » Une invitation à agir. Tout n’est pas dit dans cet article. Pour explorer les questions migratoires liées au climat, quoi de mieux, adultes et enfants, que de s’immerger dans cette belle exposition ?